12/10/2010

2100 ZONE AMA

 

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Jill S. Georges

Chapitre 1

Innocence

Diapositive1.jpgNam ne daigna pas répondre au chauffeur, elle sortit, attendit Jo et, après lui avoir collé les trois bises de rigueur, elle se dirigea vers sa salle de cours. Jo resta dans le hall. Elle voulait voir Julia pour savoir ce qui s'était dit la veille au Conseil quand un groupe de copines qui parlait fort l'interpella. Elle se dirigea vers elles et entendit qu'elles discutaient de cette nouvelle de viol qu'elle avait entendue à la radio. Jo se permit d'interrompre les commentaires et demanda qu'on lui explique de quoi il s'agissait, n'ayant pas capté la nouvelle et Georges ayant préféré se taire. Une des filles avait l'air bien informée. Elle raconta que c'était une fille d'une autre fac, qui avait été agressée par son chauffeur, le soir, alors qu'il devait la ramener chez elle après une soirée dansante. Le chauffeur devait être saoul et il avait tenté d'abuser d'elle. Elle s'était débattue et comme elle commençait à crier très fort, des autres invitées de cette soirée s'étaient approchées de la voiture et le chauffeur avait cessé sa tentative. Toujours est-il que la jeune fille avait porté plainte et que le chauffeur risquait gros, très gros. Chacune y allait de son commentaire. La première sonnerie retentit, et les filles partirent en courant dans toutes les directions. Il était impossible d'arriver en retard, car la porte restait fermée dès la deuxième sonnerie, pour des raisons de sécurité. Le Conseil de l'uni avait décidé de bloquer toutes les portes, dès la deuxième sonnerie suite à des attaques avec des armes qui avaient fait plusieurs mortes dans des facultés. Un fou était entré avec une mitraillette et avait tiré sur toutes les femmes, qu'elles soient profes ou étudiantes. Il avait fait très attention à ne pas blesser les ménagers qui étaient présents, et d'ailleurs beaucoup de filles avaient eu la vie sauve grâce à ces hommes qui s'étaient interposés. Il avait fallu un temps qui avait semble une éternité avant que les forces de sécurité arrivent pour maîtriser le forcené. Il s'était retranché dans une classe avec des étudiantes, et il en tuait une à la fois, en tirant au sort. Les filles devenaient folles, ne sachant qui serait la suivante. Une survivante avait écrit un livre et raconté l'horreur. Quand les forces d'intervention étaient arrivées, le fou s'était suicidé, devant les filles qui hurlaient et pleuraient. Un cauchemar. Suite à cet affreux épisode, le Conseil avait décidé de blinder toutes les portes et de les bloquer au moment des cours. En conclusion, pensa Jo, si un fou se prenait l'envie de vouloir tirer sur toute une série de femmes, il ne trouverait que les rares retardataires qui attendaient à la caf ou dans les couloirs. Jo frissonna en pensant à ce que les filles qui n'avaient pas été éliminées avaient du ressentir. Et en passant la porte de son cours, elle pensa fugacement à ce fou, pourquoi?

 


A la pause, Jo chercha Julia qui était en grande conversation avec d'autres nanas. Toutes ne parlaient que de ce viol, et racontaient des histoires de copines de copines qui avaient entendu, ou bien vu ou bien vécu un drame semblable. Jo pensa que finalement, elle ne savait rien de cette histoire, il lui faudrait écouter les nouvelles à la TV le soir. Quand elle demanda à Julia de s'écarter du groupe pour lui raconter ce qu'elle avait entendu la veille dans les couloirs après la séance du Conseil, Julia lui proposa de venir prendre un café sur la terrasse du toit.

- Alors? demanda Jo une fois installée sur une chaise sous un parasol, sirotant un cafélait

- Tout d'abord, excuse-moi mais je n'ai pas tout entendu, mais ce que j'ai entendu est que le Conseil avait parlé de ton projet

- Comment, dis-moi ce que tu as entendu?

- La Présidente du Conseil s'adressait à une profe d'une autre fac, je ne la connais pas. Et elle lui disait que dans la fac de droit, il y avait une étudiante qui avait proposé quelque chose dans le genre, et que cette étudiante était brillante et pouvait certainement mener un tel projet à terme. La profe avait l'air super intéressée et hochait de la  tête. Finalement, elle a demandé le nom de l'étudiante, et c'est la que j'ai réalisé qu'elles parlaient de toi ! La Présidente a dit "Jo Solen", alors tu penses, j'ai fait semblant de farfouiller dans mon sac pour rester là, l'air de rien.

- Et puis, quoi encore, elles ont dit autre chose?

- Les autres membres du Conseil sont sorties de la pièce, et le sujet a dévié. Toujours est-il qu'avant de se quitter, la profe a demandé à la Présidente si elle pouvait te contacter, et la Présidente a acquiescé, en souriant et en répondant que : "Jo serait certainement ravie de recevoir ton appel".

- Donc cette femme devrait me contacter, mais je n'ai encore rien entendu de sa part

- Attends ! Toi et ton impatience, tout le monde ne fonctionne pas à ta vitesse, relaxe, elles se sont vues hier soir, cette profe va t'appeler, laisse-lui 48 heures ! N'empêche, c'est vrai que ton projet est génial. Génial et délicat en fait. Si le Conseil accepte que tu le mènes à terme, c'est un grand signe de confiance de la part de l'uni

- Oui, j'en suis tout à fait consciente. Mais c'est aussi vrai qu'on ne fête pas tous les jours un centenaire ! Imagine, il faudra attendre au moins quatre générations, voire cinq pour repasser un siècle. C'est un événement qui doit se fêter

- Oui, avec toi, tout est prétexte à faire la fête, alors c'est vrai que passer un siècle, c'est une bonne raison. Dis, il faut que j'y aille, j'aimerais voir ma profe avant le cours. J'ai bien récupéré mon dossier hier, mais il manque des pages, ça m'énerve.

- Tu as du les oublier quelque part, non?

- Peut-être, j'ai plus l'impression qu'on me les a piquées, et ça, je déteste

- Allez, tu vas les retrouver, c'était quoi en fait?

- Deux pages de résumé du cours de Me Aiko, et je peux te dire que résumer un cours de Me Aiko, c'est pas simple, j'y ai passé des heures, ça vaut de l'or. Allez, à plus

- A plus.

Et Julia quitta la terrasse. Jo n'avait pas envie d'aller au cours suivant. La profe ne l'aimait pas et chaque fois il fallait subir les remarques désobligeantes. En fait, cette profe en voulait à saman, pour sûr, et Jo en faisait les frais. Admirant les arbres du parc, Jo étendit ses pieds sur la chaise que Julia avait laissée vide et plongea dans ses pensées. Son mariage. Pourquoi devait-elle se marier? Et pourquoi ne voulait-elle pas se marier? Peut-être par esprit de contradiction? Toutes ses copines ne rêvaient que de se marier, et elle, Jo, n'aimait pas faire les choses comme les autres. Oui, mais elle restait bien dans le cadre quand même. Et se marier n'était pas une obligation légale, comme il n'était pas interdit de ne pas se marier. Swan et saman étaient mariées, bien que Swan n'aie pas pu avoir d'enfant. Elle avait essayé à plusieurs reprises, mais sans succès. Jo pensa qu'aujourd'hui la situation aurait sans doute été différente, les progrès en médecine étaient énormes. Elle se promit d'aller consulter les sites des cliniques de maternité pour choisir celle qui lui plaisait. Parce que quand même, elle voulait un bébé, et ça c'était important. Et elle l'aurait, avec ou sans Nam, définitivement.



 

 

 

14:48 Publié dans Fiction sociale | Tags : roman, femme, genre | Lien permanent | Commentaires (0)

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