22/11/2010

2100 ZONE AMA

Chapitre 3

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- Les guerres. Les hommes ont l'instinct de mort, nous avons l'instinct de vie. Les hommes adoraient faire la guerre. Ils se sentaient forts, il fallait tuer ou être tué. Tu vois le choix? et à un certain moment de l'histoire, les armes ont été tellement puissantes, que des centaines, des milliers, des millions, tu entends, des millions d'hommes, jeunes et moins jeunes, beaux, intelligents, idiots sont morts à la guerre. Alors qu'ont fait les femmes? Elles se sont mises devant les machines que les hommes avaient du abandonner pour aller tuer ou être tué. Elles se sont occupées des champs que les hommes avaient laissés pour se planter sur des champs de bataille. Elles ont pris en charge la société, en attendant que leurs hommes rentrent de la guerre. Et ils sont rentrés, mais le processus était lancé. Les femmes avaient  pris une certaine place, et cette place alla en grandissant. Jusqu'à ce qui a été appelé la révolution sexuelle. C'était une révolution, le droit de disposer de son corps. Cela peut te sembler évident, mais avant, la femme portait les enfants, les uns après les autres, un, deux, trois jusqu'à dix ou plus

- Ce n'est pas possible

- C'est possible, c'est l'histoire. Et elles mouraient en couche et leur corps était fatigué, épuisé par tant de naissances. Alors c'est pour cette raison que cette période est appelée la révolution sexuelle. La femme était libre de son corps. Mais ce qu'elle n'a pas évalué, comme dans toute innovation, ou découverte, c'est l'effet opposé. Et la conséquence qui a suivi fut un total désintérêt des hommes. Les femmes étaient libres de leur corps, très bien, alors ils allaient en profiter. En profiter et en abuser. Les femmes se sont retrouvées seules, avec des enfants, à trimer pour gagner leur vie, et les hommes conservaient tous leurs avantages. Ils étaient les patrons, comme avant, mais n'avaient plus la responsabilité de leur famille, de leur épouse et de leurs enfants. Ils disaient que les femmes avaient voulu l'égalité, elles l'avaient eue, elles n'avaient qu'à l'assumer. Et ensuite, il y a eu des accrochages, de plus en plus fréquents. Dans le monde politique, car les femmes votaient, et elles exprimaient ce qui leur semblait bien pour elles, dans le monde professionnel, les femmes ne voulaient plus être les esclaves qui faisaient le travail pendant que ces messieurs jouissaient du rôle de chef, en fumant le cigare, et dans le monde familial, les femmes ne voulaient plus mesurer leur liberté à la largeur de leur cuisine. Il y eut une crise, puis une autre, et peu à peu, la société dans laquelle tu vis a été mise en place. Une société juste, et libre, une société dans laquelle tu peux étudier, dans laquelle tu peux traverser une rue sans danger, une société où tu peux décider quand tu auras ton enfant, une société basée sur un instinct de vie et de création et non de mort et de destruction. Notre société. Et c'est pour cette raison que je ne veux pas que tu ailles dans la zone. Je ne veux pas que tu fasses revivre toutes les horreurs dont les femmes ont été victimes depuis des siècles.

- C'est incroyable ce que tu me dis. Tu me sors des trucs hallucinants, mais je n'ai aucune conscience de ce que tu me dis? Tu te rends compte? Tu me flanques devant un tableau affreux, sans me préparer, c'est monstrueux? et je ne sais pas quoi dire, sauf que maintenant, si ce que tu me dis est vrai, les hommes ont des implants, il n'y a plus de risque

- Oui, les implants. Les implants ont permis de ne plus faire la guerre entre les deux sexes. Les implants ont permis de se côtoyer à nouveau sans baser toutes nos relations sur la peur. La peur est la pire ennemie de la vie. La peur de l'autre. Les femmes avaient peur, et les hommes avaient peur. Chacun de son coté avait une autre peur, des peurs multiples, différentes, qui sourdaient et dont on ne parlait pas. On se haïssait juste. On était frustré, on souffrait. Les implants ont redonné la confiance. En fait si tu veux connaître l'histoire, avant d'avoir des implants, les hommes prenaient la pilule

- Oui je sais, ce devait être très contraignant

- En fait, c'est parce que les femmes prenaient la pilule. Une pilule contraceptive. La révolution sexuelle est passée par une pilule. Une pilule que les femmes devaient prendre tous les jours pour empêcher l'ovulation. Chaque jour, la femme se rappelait, ou non, que sa liberté était conditionnelle à cette petite pilule. Et bientôt, après cette révolution du droit au corps pour les femmes, les hommes ont eu une autre pilule, qu'ils pouvaient prendre quand ils le voulaient.

- Une pilule contraceptive?

- Non, une pilule du plaisir. Du plaisir. Les femmes devaient se protéger, en prenant une pilule chaque jour, et les hommes pouvaient jouir, en prenant une pilule quand ils voulaient. Alors certaines femmes ont commencé à se poser la question de la justification de ces gestes. A la femme la contrainte, à l'homme le plaisir. Et quand il y a eu assez de femmes dans les entreprises pharma, et quand il y a eu assez de femmes dans les sphères politiques, et quand les femmes ont été convaincues à la maison de l'injustice de ces pilules, une pilule fut élaborée pour les hommes. Au départ, la volonté était de faire une pilule contraceptive pour les hommes. Mais c'était pratiquement impossible, et dans les recherches qui ont été entreprises, je ne connais pas tous les détails, mais il est sorti une pilule qui empêchait les hommes d'avoir une érection. Une sorte de castrat artificiel. Et un des effets corollaires à cette découverte fut que cette substance contenait la libido des hommes. Ils n'avaient plus de désir. Ce fut une seconde révolution. Si les hommes n'avaient plus de libido, ils ne pouvaient plus violer.

- Et on a découvert une pilule pour le plaisir des femmes?

- Non, les femmes voulaient se sortir de cette dépendance à des substances chimiques. Et cela faisait un certain temps qu'on savait que les hommes ne donnaient pas de plaisir à leurs femmes, ils voulaient leur propre plaisir, et c'est tout. Le plaisir d'une femme....

Jo l'interrompit

- Oui, je sais, je n'ai pas envie de t'entendre à ce sujet. N'empêche, on a quand même les clittoys

- Oui, naturellement, mais ce n'est pas indispensable, non?

Jo était assise à la table de la cuisine, saman en face. Swan s'était éclipsée, Jo ne l'avait pas remarqué et le silence s'installait.

- Bon jo, promets-moi que tu n'iras jamais plus dans la zone

- Non maman, je ne te le promets pas, j'irai encore

- Jo je te l'interdis

- Maman, ne m'interdis pas quelque chose que je ne vais pas respecter, interdis-moi de fumer si tu veux, et je respecterais ton interdiction, mais ne m'interdis pas d'aller dans la zone, c'est trop important

- Quoi important, Georges m'a dit qu'il t'avait emmenée parce qu'il avait oublié quelque chose et que tu avais été d'accord de l'accompagner sur le chemin du retour, et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle il s'était parqué devant l'ascenseur m'a-t-il dit.

- Non maman. Georges est vraiment formidable, il a menti

- Bravo, formidable, et parce qu'il a menti

- Oui. Et la question du mensonge se pose si on veut protéger une valeur plus importante. J'en sais quelque chose, j'ai aussi menti aujourd'hui, et j'étais très soulagée

- Jo, je ne comprends pas, tu m'expliqueras après. Maintenant, si Georges a menti, pourquoi es-tu allé dans la zone

- Pour Georges

- Oui, d'accord, on le sait, mais quoi

- Non Mman pour l'autre Georges. Georges O., pas Georges K.

- Georges O.?

- Oui. Le chauffeur qui est accusé du viol de la fille Crone

- La famille de la société UGLA?

- Oui, tu te souviens, les media en ont beaucoup parlé

- Bien sur que je me souviens, c'est un drame. Moi en tant que mère, je pourrais tuer ce type. Il a osé abuser d'une jeune fille. Tu sais qu'elle est en clinique maintenant?

- Oui Mman, je sais, mais ce n'est qu'une version de l'histoire.

Et Jo avait raconté, et saman avait crié, et Swan était revenue, et on avait fait du café, et on avait discuté et encore et encore pendant une grande partie de la nuit. Finalement, Jo avait obtenu de pouvoir écrire cette lettre pour Georges O. et saman avait même admis que le système de défense était excellent.

Jo admirait la mer, le soleil qui se levait traçait des roses dans le gris de l'horizon. "La mer est bleue comme un orage". Jo regardait la lumière se tendre au bout de la mer, et elle dit tout haut:

- Soleil, je t'ordonne de te lever.

Et le soleil sortit sa  tête de l'eau.


 

 

07:00 Publié dans Fiction sociale | Tags : roman, genre, femme | Lien permanent | Commentaires (0)

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