24/11/2010

2100 ZONE AMA

Chapitre 3

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- A quoi tu penses?

Jo sursauta. Elle n'avait pas entendu Nam venir sur la terrasse. Le soleil était rond sur la ligne du fond et Jo regarda son amie. Elle était tout endormie. Dans une longue chemise de nuit blanche, avec une toute petite bordure de dentelle, comme une écume sur sa peau. Ses cheveux étaient étalés sur ses épaules. Nam se pencha et lova sa tête dans le cou de Jo. Elle sentait l'amande et l'iris. Jo ferma les yeux et respira profondément, la main de Nam glissait le long de son bras, elle frissonnait à sa respiration qui lui chatouillait le cou. Nam se releva.

- Tu veux un autre café? Et elle était repartie vers la machine avec la tasse de Jo.

- Alors à quoi tu pensais?

- Je pensais à l'uni

- Ecoute jo, on est en week-end, au bord de la mer, au soleil, tu ne vas pas emporter l'uni dans ton sac avec toi non? Sinon, je vais aussi sortir de mon chapeau maman, sa femme, Luce et tous les problèmes qui les entourent

- Non surtout pas, ne les prends pas ici, laisse-les où elles sont. Je pensais à l'uni et à la coquine

- Quelle coquine? La voix de Nam semblait très surprise

- La coquine qui a été trouvée lors du contrôle de sécurité, tu te souviens?

- Je me souviens du contrôle, et du rapport que j'ai lu. Il n'y avait aucune mention d'une quelconque coquine !

- Peut-être pas, mais il y en avait une

- Et comment tu le sais, toi?

- Parce qu'il y avait mon mouchoir avec

- Ton mouchoir. Je ne vois pas le rapport.

- Et bien j'ai dit que c'était la mienne

- Quoi, tu es folle ! Mais tu ne prends jamais de coquine, pourquoi tu as dit que c'était la tienne?

- Pour te protéger...

- Pour me protéger? Mais tu es dingue, ce n'est pas ma coquine ! J'ai été attrapée une fois, ça m'a suffit, et j'ai promis à la Présidente que jamais je ne retoucherai à ces substances, et je tiens mes promesses. Ce n'est pas moi, tu t'es dénoncée pour une autre !

- Mais comment voulais-tu que je le sache, j'ai pensé que c'était toi, je ne voulais pas que tu te fasses renvoyer, alors j'ai dit que c'était la mienne

- Et la Présidente t'a aussi envoyée vers la psy?

- Non, quelle psy?

- Quand j'ai été attrapée, j'ai du signer une décharge

- Oui, moi aussi je l'ai signée

- Et ensuite, il y avait une troisième personne dans la pièce, la Présidente, la femme de la sécurité et une tierce. Cette femme était une psy, et nous sommes parties ensemble dans son bureau

- Ah, je comprends mieux qui c'était cette femme. Je pensais qu'elle faisait partie du comité

- Elle fait partie du comité et est la psy de l'uni. En fait seules savent celles qui ont eu affaire à elle. Et en général, on règle nos problèmes et ensuite, on n'en parle plus

- Et tu es partie avec elle pour discuter?

- Oui, nous avons eu plusieurs séances et finalement j'ai été sevrée

- Mais tu ne m'en avais rien dit

- Non, c'était aussi une partie de l'engagement. Je devais faire cet effort sur moi pour moi seule, et ne pas y impliquer qui que ce soit.  Cela a été super dur, je t'assure. Je mourrais d'envie de te raconter ce qui se passait, mais je ne pouvais pas.

Nam s'assit sur le canapé, tout près de jo, et lui tendit son café. Jo restait pensive.

- Mais tu vois Jo, je ne sais pas pourquoi tu te sens obligée de me protéger. Tu crois toujours que je suis en danger

- Excuse-moi !

- En tout cas, je te remercie de ton geste. Si cela avait été moi, tu m'aurais sauvée d'un suicide. Et en fait, tu as peut-être sauvé une autre fille de la fac. En tout cas, tu as sauvé quelqu'un, d'abord en l'empêchant de prendre cette coquine et ensuite d'être virée

- Oui, ou alors j'ai raté l'occasion de faire suivre à une fille le même parcours que toi. Peut-être que j'ai empêché une fille de s'arrêter. On ne saura jamais.

 

 

Jo et Nam étaient parties aller se baigner. Elles barbotaient dans l'espace protégé, une sorte de demi-lune faite en bouées rouge et blanc, attachées comme un collier sur une corde, qui flottait sur l'eau. Cet espace retenait les nageuses. Jo avait envie de se fatiguer, elle nagea le long du collier de bouées, une fois dans un sens, puis dans l'autre, et soudain, elle en eut assez de suivre ce rail rassurant. Elle prit sa respiration et plongea sous le collier. Elle sortit au-delà, et, sans se retourner, nagea tout droit devant elle. Elle avait un sentiment fabuleux de liberté, elle était hors de la cage, hors des limites, hors du temps, hors de l'espace. Elle nagea jusqu'à ce que sa respiration lui manque. Et elle se coucha sur le dos, ballotée par les vagues, elle ferma les yeux. C'est le moteur du hors-bord qui la sortit de son carrousel. Les yeux fermés, les bras écartés, elle avait le sentiment de tourner sur elle-même, vers la droite. Elle pensa que c'était parce qu'elle se trouvait dans l'hémisphère nord qu'elle tournait à droite. Il serait amusant de vérifier si dans l'hémisphère sud, elle aurait le sentiment de tourner à gauche. Elle tournait comme les aiguilles d'une montre, léchée par les vagues. Mais le bruit du canot à moteur la stoppa dans sa course. Elle ouvrit les yeux. Elles étaient deux sur le canot, à la regarder en souriant:

- Alors, on n'a pas vu la barrière? demanda la première en montrant de belles dents blanches dans un visage bronzé

- Si

- C'est interdit et dangereux de nager hors des limites, il y a des bateaux qui risquent de vous broyer avec leur moteur, et on ne surveille théoriquement pas, s'il vous arrive un malaise, personne ne vous voit

- Vous m'avez vue puisque vous êtes là

- Oui, on surveille toujours, et surtout, on vous a regardé passer dessous puis nager tout droit. En général, après une petite incartade, les nageuses retournent dans la demi-lune, mais comme vous ne faisiez pas signe de revenir, on s'est décidées à venir vous chercher

- Mais je n'ai pas envie de monter sur le bateau, je veux nager

- C'est assez loin, et vous avez froid, c'est plus sage de remonter

Jo hésitait. Elle n'avait aucune envie de se faire coller une amende, elle en avait eu assez avec la coquine qui n'était pas la sienne.

- On ne fera pas de rapport, rassurez-vous, allez venez, on vous ramène.

La fille au grand sourire lui tendait le bras. Jo lui saisit la main et monta sur le bateau. Elles retournèrent au rivage et Jo sauta sur le sable. Nam l'attendait, debout, un air vaguement inquiet sur les lèvres. Après avoir salué les filles de la sécurité maritime, Jo prit la main de Nam dans la sienne et l'entraîna vers leurs serviettes. Une fois assises, Jo expliqua qu'elle en avait assez des limites imposées, que la vue depuis dehors est très différente et qu'en fait le risque n'existe pas.

Nam était outrée.

- Bien sûr que le risque n'existe pas, tu as bénéficié du sens de professionnalisme des filles de la sécurité, mais imagine s'il t'était arrivé quelque chose.

- Et bien, il me serait arrivé quelque chose, enfin

- Enfin, mais tu es dingue, tu te rends compte, tu pourrais avoir un malaise, et si personne ne te porte secours, tu y restes jo

- Mais si ce n'est pas mon heure, je n'ai pas de malaise et je peux nager librement vers l'horizon, sans me poser des questions

- Les règles de sécurité sont faites pour nous protéger, pas pour être enfreintes, toi tu vas toujours au-delà des limites, tu te mets en danger, et s'il t'arrivait quelque chose, non seulement ce serait dramatique pour toi, mais pour moi et taman, et Swan, on serait effondrées, et pour l'uni, qui compte sur toi pour ton travail de recherche et les filles de la sécurité ici se sentiraient affreusement coupables de ne pas t'avoir vues et...

- Et le hérisson du coin, et la folie des grandeurs et la lune prune

- Tu te moques encore

- Oui, tu vois, je suis là, et bien là.

 

 

07:00 Publié dans Fiction sociale | Tags : roman, genre, femme | Lien permanent | Commentaires (0)

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