25/11/2010

2100 ZONE AMA

Chapitre 3

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Jo et Nam mangèrent sur la terrasse, vue sur la mer, puis partirent marcher le long de la plage. Le soleil était couché mais il faisait encore jour, de cette lumière douce qui caresse la peau et donne de belles couleurs aux choses et aux visages. L'heure bleue, qui donnait des reliefs roses et violets au ciel.

Le dimanche, elles se reposèrent, nagèrent, Jo ne passa plus la barrière du collier de bouées. L'après-midi, avant de rentrer, Jo parla a Mami Li au téléphone, c'était leur tradition, si elles ne se voyaient pas, elles se parlaient au moins. Et quand Georges vint les chercher, Jo n'avait plus qu'une idée en  tête, 2100 zone AMA. C'était l'adresse de son Oncle Zac que Mami Li lui avait donnée. Et elle irait le voir, elle le savait, elle allait passer au-delà des barrières sociales.

 

 

Jo reprit les cours sans histoire. Le soir, elle retourna avec Georges voir Georges, en fait le prétexte était de passer devant l'adresse zone AMA. Georges se fit un peu prier, mais il passa devant l'immeuble. Jo mourait d'envie de s'arrêter, et elle demanda à Georges de se parquer le long de la rue, le long de la façade. Il se gara dans une place perpendiculaire à la rue, et attendit. Jo ne disait rien, elle s'était engouffrée dans sa pensée. Au bout d'une éternité, le jour déclinant, Georges se permit de mettre le moteur en route. Il se dirigea vers l'adresse de Georges, au CKT, mais Jo lui demanda de retourner à la maison, elle ne se sentait pas le courage. Elle irait d'abord parler à la fille Crone, dans sa clinique.

 

Arrivée à la maison, Nam l'attendait devant l'ordi. Elle était en larmes et Jo avait beaucoup de peine à comprendre d'où venaient ces pleurs.

- Je ne peux pas faire ma fête d'anniversaire à la maison, répétait Nam

- Et pourquoi? Tu vas avoir 20 ans, c'est l'anniversaire le plus important, tu vas le fêter au Cercle Rouge?

- Non, on n'a pas les moyens, maman dit que ce n'est pas le moment. Elles sont en crise avec sa femme, c'est l'enfer. Et moi je ne veux pas faire une fête en enfer, c'est trop affreux.

- Mais calme-toi, on ne fera pas une fête en enfer, on fera une belle fête. Tu as parlé avec Luce?

- Oui, enfin non, elle est muette

- Comment muette

- Elle ne sait pas, elle s'enferme sur elle, c'est horrible. Tu devrais voir, maman et la sienne qui s'insultent à longueur de journées, c'est invivable

- Et pourquoi elles ne se séparent pas un moment, histoire de reprendre son souffle? De se calmer?

- Je n'en sais rien, peut-être, mais cela m'est égal, ce qui compte pour moi, c'est mon anniversaire, zut, je vais avoir 20 ans, et c'est dans dix jours. Dix jours, cela fait des milliers de jours que j'attends celui-là, et il s'annonce affreux, épouvantable, nul

- Attends, arrête, tu vois tout en noir, on va trouver un moyen de t'organiser une super fête. J'ai une proposition, tu vas la faire chez moi. Je suis sûre que Kim et Swan seront d'accord.

- ...

- Tu vois, on pourrait faire un grand barbecue dans le jardin, avec champagne et ballons rouges

- Bleus

- Bleus si tu veux, la couleur que tu veux, Nam, tu choisis

- Oui, mais il y a aussi la question d'argent

- Mais une fête à la maison ne coute pas tant que cela. On va te faire une super fête. Je m'en occupe, j'invite Julia et Flor et Nour, si tu veux bien, de ton coté, tu dois me donner la liste des filles que tu veux que j'invite

- Je ne sais pas

- Comment, tes copines, donne-moi les noms

- Je n'ai pas de copines, tu es mon amour, mon amie, ma copine

- Bon je vais inviter ta classe alors. Tu peux me donner les noms?

- Oui, je te fais suivre la liste.

Nam sanglotait encore un peu, mais Jo sentait qu'elle s'était calmée. En fait, ce qui terrorisait Nam était qu'elle devait donner une réponse à Jo pour leur vie commune. Son avenir s'ouvrait, béant comme une plaie, un trou dans lequel elle devait sauter, elle n'avait pas le choix. 20 ans, et cette promesse idiote, non pas une promesse, un choix, un choix qui ferait qu'elle perdrait dans les deux cas. Soit Nam acceptait de vivre avec Jo sans se marier, et elle vivrait à l'encontre de ses valeurs dont la plus fondamentale était le respect des lois, du droit, de la tradition, des coutumes, soit elle décidait de ne pas vivre avec jo, et elle mourrait de tristesse et de chagrin. Nam ne pouvait pas imaginer une vie sans jo, depuis toujours, Jo était son but, sa raison de se lever le matin, la personne à qui elle racontait ses journées, sa confidente, son amie. Nam recommença à pleurer.

- Tu ne m'écoutes pas, Nam,

- Non, excuse-moi, tu disais quoi?

- Je te faisais un descriptif de ta super fête. Il y aura des ballons partout, on mettra de la musique, on dansera. J'invite Luce?

- Oui bien sûr, c'est ma sœur quand même

- Ok, et elle, elle a des copines que tu voudrais qu'on fasse venir?

- Oui, non, je ne sais pas, je vais lui demander

- Maintenant, il y a la question de la date, on fête le jour même? Le samedi qui suit? Le samedi qui précède?

- Le samedi qui précède n'est pas possible, il faut fêter après, alors le samedi qui suit

- Super, cela me donne plus de temps pour organiser. Je vais appeler taman

- Oh non, tu dois vraiment?

- Evidemment, elle doit être informée, tu es sa fille, c'est elle qui t'a mise au monde il y a vingt ans. Et je n'invite pas sa femme, d'accord?

- Oui, non, je n'en sais rien

- Bon, alors je l'appelle...

Nam hochait de la  tête, les yeux dans le brouillard. Voila ce qu'elle aimait chez jo, Jo décidait, elle avançait, elle prenait un chemin, ne se lamentant pas sur celui qu'elle ne pouvait pas prendre. « Choisir c'est être libre », disait-elle. Et pour être libre, il faut créer le choix, s'il n'existe pas. Provoquer l'obligation de choisir, et on est libre. Comment pouvait-elle faire? Nam redoutait de se tromper, d'emprunter le mauvais chemin, de prendre la mauvaise décision. Alors elle se laissait guider par Jo, Jo décidait toujours le meilleur pour elle.

- Je te remercie de t'occuper de mon anniversaire, Jo. Que ferais-je sans toi?

- Tu te débrouillerais très bien, arrête. Et cette fête est doublement importante.

Le moment que craignait Nam arrivait, elle le sentait, elle ne pouvait lus bouger, plus respirer

- Oui, continua jo, d'abord c'est ton anniversaire, et ensuite, j'aurais ma réponse. Une nouvelle étape de notre vie commence, je me réjouis tant !

- De vivre avec moi? Nam était sur le point de fondre en larmes

- Oui, bien sûr, et surtout d'avoir un bébé. A vingt ans, on peut avoir un bébé, et c'est le but de ma vie, avoir un bébé

- Pourquoi c'est ton but?

- Pour transmettre, grandir, vivre, apprendre, donner... pour exister en fait

Nam s'enfonçait dans sa tourmente. Jo ne voulait qu'un bébé, elle ne voulait pas d'elle en fait, mais vivre avec elle pour avoir le droit de faire son bébé. En fait Nam était l'outil, le moyen, la chose. Nam était horrifiée, et dans la même  seconde, elle se rappela la confession de Jo au sujet de la coquine, non, Jo faisait tout pour l'aider, elle, Nam. Jo l'aimait, plus que tout. Nam était torturée par ce dilemme quand Jo lui dit qu'elle allait interrompre la communication pour lancer les invitations. Nam acquiesça de la  tête, sourit vaguement dans son visage ravagé et l'image de Jo disparut. Nam se jeta sur son lit et vida son corps de tout le chagrin qui la noyait.

 

 

07:00 Publié dans Fiction sociale | Tags : roman, genre, femme | Lien permanent | Commentaires (0)

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