07/12/2010

2100 ZONE AMA

Chapitre 4

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Jo montait les escaliers, suivie de très près par Georges, qui soufflait comme un phoque. Plus par crainte qu'en raison de l'effort à fournir. Ce n'étaient que deux étages, rien de très fatiguant. Mais tout à coup, de se trouver dans la zone loin de chez lui, sans savoir vraiment comment il avait fait pour s'engager dans une telle aventure le rendait perplexe. Pourquoi était-il parti avec Jo? Pourquoi avait-il accepté de venir ici. Et pour aller chez un inconnu, un homme à qui il devait son poste chez Mame Kim et auquel il n'avait jamais parlé, il se sentait coupable. Georges se répétait qu'il était fou de faire une telle démarche, et hochait de la tête comme pour s'approuver. Ils arrivèrent sur le palier. Jo se campa devant la porte, tourna son visage vers Georges, lui sourit et sonna. La porte s'ouvrit d'un coup et un homme de haute taille se campa debout dans l'embrasure:

- Entre Jo, je t'attendais.

Le sourire de Jo se figea. Comment savait-il? Elle se tourna vers Georges, les sourcils en triangle, mais lui faisait « non » de la tête. Jo entra.

- Georges peut entrer aussi, reprit l'homme

Georges fit un pas en arrière, il était hors de question qu'il entre, et en même  temps, il ne pouvait pas laisser Jo toute seule. Il était perdu, il avait dépassé la limite de ce qu'il savait être bien ou mal et ne pouvait plus réfléchir. Si quoi que ce soit arrivait à la jeune femme, Kim ne lui pardonnerait jamais.

- Georges, Madame Kim ne dira rien, entrez.

Georges ne pouvait plus bouger. Jo se tourna, et d'un pas décidé, passa le seuil.

- Vous venez Georges? Ne restez pas sur le palier, voyons !

Georges hésita encore un instant puis il entra.

La pièce était très grande, avec un coin cuisine dans le fond et tout le mur devant eux était une grande vitre qui donnait sur la rivière et les arbres. Les tilleuls embaumaient, les feuilles vertes luisaient et derrière on voyait l'eau qui coulait. Le ciel était bleu, bleu comme dans un dessin d'enfant. Georges se sentait sur une autre planète. Il s'empara d'une chaise et s'assit dans un coin. Jo était debout, immobile, comme un animal devant les phares d'une voiture, sentant le danger mais ne bougeant pas, tétanisé par la lumière.

- Alors, Jo, bienvenue chez moi

- Comment savez-vous que je venais? Georges n'a rien dit

- Georges est formidable, c'est moi qui l'avais conseillé à taman, il y a longtemps d'ailleurs. Bien 20 ans je pense

- Oui, 20 ans, c'est juste

- C'est bientôt ton anniversaire, le 1er août, juste?

- Exact, vous êtes bien renseigné

- Normal, quand on a une nièce comme Jo, on ne reste pas indifférent

- Mais je ne comprends pas

- Mami Li m'a raconté vos discussions. Quand tu étais au loft, dimanche, tu lui as parlé au téléphone, et tu lui as demandé mon adresse. Mami Li m'a appelé juste après en me disant que tu étais bientôt prête à venir me rencontrer, que tu avais franchi le pas de l'enfance et que tu allais venir chez moi.

- Mami Li...

- Oui jo, je suis le frère de taman,

- Le frère, le frère jumeau? jumeau?

- Exact, le faux jumeau. Et c'est pour cette raison que je suis là. Il y a 40 ans, la médecine obstétrique ne permettait pas de séparer les embryons sans risquer de les perdre tous. Alors ta grandman, Mami Li, a décidé de garder les deux grossesses. Et je suis né !

- Mais comment pendant toutes ces années, je ne savais rien, rien. Maman m'a menti, elle m'a caché qu'elle avait un frère, c'est ignoble !

- Que voulais-tu qu'elle fasse?

- Qu'elle me le dise, qu'elle me le dise ! C'est simple, non?

- Te le dire, encore fallait-il que tu soies prête. Elle te le dit maintenant, car aujourd'hui tu es prête. Elle attendait que tu le lui demandes, pour ne pas t'imposer une vérité un peu, comment dire, difficile à porter?

Jo se taisait, elle était ailleurs, dans sa chambre, douce et familière. Ici, les questions qui se posaient la tiraient dans un gouffre qu'elle ne voulait pas voir.

- Jo, ma sœur a une seule raison de vivre, c'est toi. Elle veut ton bien par-dessus tout, et elle te protège de tout ce qui pourrait te nuire

- Est-ce une preuve d'amour que de cacher la vérité?

- La vérité n'est pas unique, il y a des multiples facettes. Et grandir est aussi un voyage vers d'autres découvertes. Elles peuvent être douloureuses, car à chaque nouvelle réalité, on perd un peu de rêve. Et que préfère-t-on, le rêve dans lequel on peut tout, ou bien la réalité dans laquelle on doit? Notre vie est un perpétuel passage de l'un à l'autre...

Zac se tut. Jo regarda vers la baie vitrée. Les arbres qui bruissaient doucement dans le vent formaient un mur de verdure, vivant et absent. Derrière la vitre, elle ne les entendait pas mais elle en imaginait le léger bruit des feuilles qui vibrent. Imaginer un bruit, est-ce une réalité? C'est la réalité de l'imagination, mais pas celle de la feuille qui bouge. Le regard de Jo fut attiré par un mouvement sur la terrasse. Il y avait quelqu'un, un jeune homme se levait tranquillement d'un fauteuil et se pencha sur la rambarde, en regardant la rivière derrière les arbres. Jo se tourna vers son oncle:

- Qui est-ce?

 

 

07:00 Publié dans Fiction sociale | Tags : roman, genre, femme | Lien permanent | Commentaires (0)

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