31/12/2010

2100 ZONE AMA

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Justice

 

Jo en avait assez de prendre les souterrains de sécurité. Le seul avantage est qu'elle arrivait très tôt à la fac. Elle décida de se rendre chez la directrice, même sans rendez-vous, pour faire le point. Elle prit le long couloir, regarda le ciel à travers la rivière de verre du plafond et ferma les yeux. Combien de pas pouvait-elle faire? Elle commença de manière franche, puis ralentit, puis ralentit encore mais se força à ne pas ouvrir les yeux à 7. Il fallait tenir plus. Elle les ouvrit à 9. Jo était au beau milieu du couloir, et en face d'elle, campée sur ses deux jambes, Mary Mady la regardait en souriant.

- Bonjour Mary. Jo était confuse

- Bonjour Jo, à quoi jouez-vous? Vous tentez de dominer l'espace?

- Marcher les yeux fermés est un exercice périlleux et un travail sur soi

- Périlleux, certainement, vous risquez de vous casser le nez dans un mur

- C'est le risque. Je peux aussi développer ma connaissance physique, et non visuelle, des limites qui m'entourent

- Vous m'étonnez toujours, Jo, vous êtes vraiment une fille spéciale

- Oui, j'ai deux neurones...

- Ah bon, vous êtes enceinte?

Jo éclata de rire et Mary la suivit.

- Je vais voir la directrice, elle est là?

- Oui bien sur, vous avez rendez-vous?

- Non, justement, mais j'aimerais parler des consignes de sécurité, j'en ai marre de prendre les tunnels, je veux venir comme tout le monde

- Venez, on va parler à Angie

Angie? C'était le nom de la directrice, Jo ne s'était jamais posé la question du nom. La directrice de l'uni était le directrice, ou la Présidente, selon. Elle avait repris les deux postes, de la direction de l'établissement et de la présidence du conseil d'administration quand les deux organes avaient fusionnés pour simplifier la charge administrative. Elle était contrôlée pour sa gouvernance par un seul conseil qui comprenait des enseignantes et des administrateurs externes. Jo sourit en pensant que cette femme-là, s'appelait Angie.

 

Mary avait frappé à la porte et était entrée dès que celle-ci s'était ouverte. Elle dit quelques mots à la directrice et se tourna vers Jo pour l'inviter à entrer. Le tableau sauta aux yeux de la jeune fille, comme un baiser chaleureux du matin.

- Bonjour madame la directrice

- Bonjour Jo, vous allez bien?

- Oui madame, je vous remercie de me recevoir.

- Dites-moi, car Jo vous n'avez pas beaucoup de temps avant les deux sonneries

- Cela concerne la sécurité. Je ne souhaite plus prendre les tunnels de sécurité, et Georges ne veut rien entendre.

- C'est très bien, il obéit aux ordres, surtout quand ils sont donnés pour votre sécurité... Jo, la situation n'est pas réglée, le cas de ce chauffeur est encore en suspens, la jeune fille Crone ne s'est pas encore prononcée, on n'a eu des messages venant de Mado C. Crone uniquement. Donc la polémique reste entière. En plus, la dimension juridique sera mise au premier plan avec les discussions et le futur vote sur le droit du divorce, donc il serait plus prudent de vous tenir encore éloignée des journalistes

- Oui, mais elles se sont calmées, il n'y a plus personne devant la maison

- Oh, c'est en raison d'un décret et d'un périmètre de sécurité qui a été imposé autour de votre maison, ne croyez pas qu'elles vous aient lâchée !

- Quoi, un périmètre de sécurité, mais je n'en veux pas, je veux vivre comme tout le monde

- Alors ça, mademoiselle Jo, il aurait fallu y penser avant d'aller dans la zone rencontrer ce chauffeur...

Jo se tut. Comment la directrice savait? Elle regarda Mary Mady qui suivait la conversation

- Oui, votre sécurité prime car vous avez mis le doigt sur un point sensible, extrêmement sensible. Vous étudierez en histoire du droit l'année prochaine comment nous en sommes venues à légiférer sur les mesures à prendre pour protéger notre société. L'une de ces mesures est pharmaceutique, et vous le savez aussi bien que moi, l'industrie pharma est très puissante. Economiquement et socialement. Sans parler du rôle de celles qui la représente parmi les Trente.

- Mais je ne dis rien, je ne dirai rien ! en plus, si on impose des mesures drastiques de sécurité autour de moi, cela peut laisser penser que j'ai raison, ou bien que je sais des choses graves, ce qui n'est pas le cas. Pourquoi ne pas organiser une interview dans laquelle je parlerai de la préparation de la fête annuelle de l'uni, des exas, et de mon projet, sans le dévoiler, pour le centenaire? On montrerait que cette histoire de viol est passée et minime dans mon agenda

- Et dans celui de l'uni, reprit Mary. C'est une bonne idée, détourner l'attention en parlant de tout autre chose. Qu'en penses-tu Angie?

- Ce n'est pas une mauvaise idée, je peux organiser une réunion ici. Vous avez parlé à cette journaliste, Nancy Floc pourrait vous interviewer, ce serait somme toute assez logique. Il faudrait préparer ce que vous allez dire et les questions qu'elle va vous poser. Vous pensez qu'elle serait d'accord?

- Je crois bien, elle m'a remerciée de lui avoir donné l'exclusivité le fameux soir. Donc je peux bien lui demander ça. Je vais l'appeler

- Attendez, laissez-moi y réfléchir et je vous donnerai le feu vert. Allez partez maintenant, la sonnerie va retentir.

Mary raccompagna Jo à la porte. Et Jo prit le couloir sans le voir. Elle allait donner une interview, quelle histoire. Les nuages passaient dans le couloir de lumière au-dessus de sa tête. "Il faut laisser passer les nuages, on verra bien la couleur du ciel ensuite" pensa Jo.

 

 

07:15 Publié dans Fiction sociale | Tags : roman, genre, femme | Lien permanent | Commentaires (0)

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