12/01/2011

2100 ZONE AMA

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Amitié

 

- Et tu vas faire une brèche, tu creuses un trou, tu creuses notre tombe à toutes. Tu ne vois pas que ces barrières ont été construites par nos mères et les mères de nos mères? Tu ne vois pas que ces barrières sont là pour nous protéger, pour nous protéger de ce qui est dehors, en dehors des barrières, des limites? Tu ne vois pas que tu risques non seulement de te blesser mais en plus de faire entrer quelque chose qui peut nous nuire?

- Qui peut nous nuire, un gros monstre tout poilu? Je rigole et bien peut-être que c'est un gros monstre tout poilu qui va manger les petites filles, peut-être. Mais c'est aussi peut-être la lumière et le bonheur que je peux trouver dehors, et rapporter dedans, tu imagines? Des étoiles et du ciel bleu sans fin, de la douceur et de la vie. De la lumière et du bonheur...

- Mais Jo, tu ne vois donc pas que la lumière et le bonheur sont ici, dedans ! Nos mères et les mères de nos mères ont construit ces murs pour conserver cette lumière et ce bonheur, et si tu ouvres une brèche, et même si il n'y a pas de monstre poilu comme tu dis, on va perdre ce bonheur et cette lumière. La lumière va filer par le trou, elle va nous quitter, et nous serons seules dans le noir et le chaos.

- Dans une tombe éternelle. Mais Nam, tu répètes ce que des générations répètent sans savoir, moi je te dis que près des limites, la lumière est plus forte. Je veux franchir ces limites, je veux aller au-delà, je veux sortir, tu comprends sortir. Sortir de ce monde, sortir de cette maison, sortir de cette uni, sortir de cette société. Je veux sortir. Jo criait. Je veux sortir et s'il faut casser les barrières, je le ferai, et j'irai voir le gros monstre poilu, et si je le rencontre et qu'il me dévore, et bien je ne reviendrai plus jamais. Mais si je trouve une autre lumière, d'autres bonheurs, différents de ceux que nous connaissons, je les ramènerai, je les offrirai au monde que nous connaissons

- Tu es folle, tu mets en péril ce qui fait que nous sommes ce que nous sommes. Que tu te mettes en péril, en allant dans la zone par exemple, soit, mais que tu mettes en péril notre équilibre, notre société, tu es dangereuse, on devrait t'arrêter, on devrait t'enfermer. Toi, le cheval qui tapes dans les murs, sans cesse, tu vas nous faire périr, tu vas faire mourir notre cité. Et je t'aime trop pour te dénoncer, pour prévenir, pour t'enfermer, tu mourrais si tu n'étais plus libre

- Voilà, c'est exactement ça, tu me comprends alors, je veux être libre, je veux aller où je veux, faire ce que bon me semble, je ne veux pas toujours me heurter à des remparts que, quand je demande à quoi ils servent, on me dise « on ne sait pas, mais ils sont la depuis toujours alors ils doivent rester là ». Cette raison du passé est insuffisante. Et en même temps, ce sont ces murailles qui déclenchent chez moi cette envie de liberté, les murs sont si hauts que j'ai envie de les écraser, de les défoncer, ce sont ces murs qui m'incitent à me heurter contre eux. Et je souffre, tu ne t'imagines pas combien j'ai mal parfois, je dois prendre ces tunnels de sécurité, mais je les hais, je déteste l'idée même de la sécurité, cette sécurité qui t'emprisonne, qui t'enferme, qui t'enterre. Je veux marcher à l'air libre. Tu sais en revenant de chez Mami Li, j'ai vu un endroit magnifique pour construire une maison, un endroit qui est l'extrême bord du quartier, d'un côté la maison donne sur la rue, et de l'autre, tu as des champs immenses, des champs qui étaient jaunes de soleil, chargés de blé lourd, avec des montagnes à l'horizon, violettes et bleues, des montages comme une caresse sur le champ de ta vision. Non pas des montagnes qui t'obstruent, mais des montagnes qui t'invitent, qui t'invitent à les gravir, à se promener, à chanter avec le vent, à marcher avec les arbres et à voler avec les aigles. J'ai trouvé l'endroit de notre maison, Nam crois-moi !

- Mais Jo, tu n'as pas compris, tu n'as donc rien compris. Je ne viendrai pas avec toi, je n'irai pas dans ta maison, sauf le jour où tu voudras te marier  avec moi. Et si tu veux cette liberté, si tu veux ne pas souffrir de toutes ces barrières qui t'entourent, si tu ne veux pas te cogner aux murs, reste au centre, reste loin des murailles, reste avec nous ! Nous avons la lumière et nous ne voyons pas ces barrières, elles sont si loin. On ne s'y frotte pas, on ne se souffre pas, on ne questionne pas. On sait qu'elles sont là, pour nous protéger, et on les laisse ou elles sont, on créé son univers dans l'immédiateté de son existence, dans un cercle proche de soi, construit sur les valeurs essentielles qui nous ont été transmises et que nous transmettrons. Nous sommes une communauté dont le but est la survie de la communauté dans les meilleures conditions de vie possibles. Et ça demande du temps et de la patience pour construire un univers si petit et en même temps si infini. Cette cité que ta mère et sa mère ont aidé à faire prospérer va encore exister, demain et le jour suivant. Pourquoi n'essaies-tu pas de donner ton énergie et ta force à consolider ce qui est plutôt que chercher le déséquilibre?

- Le déséquilibre, tu as mis le mot qu'il faut sur ma montagne, elle est en déséquilibre permanent, et c'est une invitation à retrouver un équilibre, une harmonie, une complémentarité des contraires, une richesse des différences. Tu dois voir la maison Nam, c'est si beau, la vue est époustouflante, on y serait si bien

- Jo, qui essaies-tu de convaincre? Si nous avions une maison ensemble, je serai à l'intérieur en décorant les murs, et tu rêverais de les briser pour aller voir dehors. Ce qui nous relie est ce qui nous sépare...

- Les murs

- Oui, les murs que je vois protecteurs quand je les construits, que tu vois limitatifs quand on te les impose

- Alors?

- Alors, je ne viendrai pas avec toi

- Tu vas te marier avec une autre ?

- Non, je vais faire comme un mariage, avec toi

- Tu m'énerves, je ne veux pas de ce lien, je ne veux pas de cette obligation, de cette chaîne. Je veux être avec toi libre

- Et moi je veux montrer au monde que je suis enchaînée avec toi, à toi, que tu es la personne que j'aime, que j'aimerais toujours et que j'ai aimée. Toi, maintenant, hier, aujourd'hui et demain

- Nam, tu délires

- Pas du tout, mes yeux sont assez rouges pour te prouver que cette décision est épouvantable pour moi, je déteste prendre des décisions, elles me font quitter un chemin pour toujours et en prendre un autre. On ne devrait pas devoir choisir, c'est ce que j'ai pensé. Et j'ai trouvé la solution

 

 

07:15 Publié dans Fiction sociale | Tags : roman, genre, femme | Lien permanent | Commentaires (0)

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