31/01/2011

2100 ZONE AMA

Chapitre 6Diapositive1.jpg

Amitié

 

- Dis, tu penses aux gens qui regardent tes toiles et à ce qu'ils ressentent?

- Oui, et c'est un déchirement quand Zac prend les tableaux. C'est comme si c'étaient mes enfants qu'il m'enlevait. Et je ne sais pas où ils vont, chez qui, sur quel mur. Je ne sais pas comment la femme qui va regarder ma fleur va se sentir, si elle va être heureuse et vivre la joie et le bonheur que j'ai eus lorsque je l'ai peinte, un jour de grand soleil. J'aimerais voir les gens qui vont voir mes toiles, s'enfoncer dans mes champs de blés et sentir la bonne odeur des grains murs. C'est pire que d'être aveugle. Créer et ne pas savoir ce qu'il advient de mes créations.

- Et Zac ne te dit rien?

- Zac et moi avons convenu de certaines règles que nous ne transgressons pas, afin de ne pas toujours tout remettre en question. Sinon la douleur pourrait être trop forte parfois

- Et quelles sont ces règles par exemple?

- Par exemple, que Zac ne prend un tableau que si je lui dis qu'il est terminé. Alors parfois, quand il y a un tableau que j'aime particulièrement, je triche un peu et je dis à Zac qu'il n'est pas fini.

Adam sourit

- Et Zac n'est pas dupe, il sait tout, mais il accepte. Une autre règle est qu'une fois que le tableau est parti d'ici, on n'en parle plus. Il fait partie du passé et le passé est derrière. Zac ne veut que regarder devant, il ne veut pas remonter dans le temps.

- Et il en fait quoi Zac des tableaux?

- Alors ça, il faut le lui demander, selon notre accord, cela ne me regarde pas. Et c'est mieux ainsi. J'ai les limites de l'appartement pour me déplacer dans l'espace, et j'ai les limites de notre accord pour se déplacer dans l'esprit. Et j'ai promis à Zac de ne pas dépasser les limites.

- Tu n'as jamais envie de passer au-delà?

- Non, ou oui, peut-être. Mais j'ai promis à mon père de ne pas sortir, de ne pas franchir cette porte. Alors je tiens mes promesses. Et j'en suis fier

- Je t'admire, moi j'ai toujours envie de dépasser les limites. J'ai l'impression qu'elles sont là pour être repoussées encore plus loin, toujours, et qu'il faut des gens pour le faire. Et moi je suis là pour ça

- Peut-être, c'est très philosophique. Je ne me pose pas trop de questions, dis Jo, tu veux venir voir la toile que je suis en train de peindre?

- Oh oui, avec un immense plaisir

- Mais tu sais, c'est la première fois que je montre une toile à une autre personne que Zac. Tu te rends compte que la première fois est un événement, spécial disons

- Oui Adam, je me rends totalement compte et te remercie de ta confiance. Mais si tu ne veux pas, ne te sens pas obligé. Je peux attendre que tu sois prêt

- Jo, tu es tombée du ciel, tu es venue un jour comme une étoile filante et tu es repartie tout aussi vite. Sans même dire au revoir

- Pardon, je suis confuse, vraiment désolée

- Non, ce n'est pas ça, tu fais comme tu veux. Mais si pour une raison ou une autre tu décides de repartir à nouveau comme une étoile filante et que je ne t'ai pas montré une toile, je n'aurais peut être jamais l'occasion de le faire ! Qui me dit que tu vas revenir? Qui me dit que nous allons nous revoir? Une jeune fille dans la zone n'est pas très fréquente, et dans la maison de Zac encore moins. Alors maintenant que j'ai Jo avec moi, je veux qu'elle soit mon amie pour avoir envie de revenir encore et souvent. Tu ne peux pas imaginer combien le temps a été long après que tu soies partie la dernière fois. Tu sais, quand il n'y a rien, on n'attend rien, et le temps passe gentiment. Mais quand soudain il y a un être qui vient, il créé comme une borne dans le temps et on attend, pour sa mesure, de poser une deuxième borne. Et cette borne semble si loin et le temps si long jusqu'a ce que l'être soit à nouveau là. C'est aujourd'hui. J'ai tellement pensé à toi, à comment ton visage dessinait un sourire, ton sourire, que j'imagine unique et énigmatique. Des yeux grands et vifs. De quelle couleur sont tes yeux? Dis-moi

- Ils sont entre le bleu et le gris, changeant avec le temps. Et toi, de quelle couleur sont tes yeux?

- Bleus, je sais. Très bleu. Comme un ciel d'été. Zac me l'a dit très vite. Il disait que mes yeux étaient des miroirs du ciel. Jo, je suis si content que tu sois là. Merci

- Merci à toi Adam, tu apportes dans ma vie des dimensions nouvelles que je n'aurais jamais osé imaginer!

- Alors viens Jo, je vais te montrer notre atelier. Tu es prête?

Adam attrapa la main de Jo, se leva, Jo fit de même, et ils se dirigèrent vers la porte qui s'ouvrait sur le jardin des délices. Jo frissonnait.

 

 

07:15 Publié dans Fiction sociale | Tags : roman, genre, femme | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.