01/02/2011

2100 ZONE AMA

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Amitié

 

Une porte toute simple. Une porte dans la tête, une porte dans un mur, ce n'est qu'une porte, un panneau de bois peint avec une poignée. La poignée a toute son importance, elle permet d'ouvrir la porte. Et Adam posa sa main sur la poignée comme s'il la voyait. Il la voyait depuis les dizaines de fois qu'il avait posé sa main sur cette poignée pour ouvrir cette porte. Adam franchit le seuil, suivi de Jo.

- Bienvenue chez moi, bienvenue au jardin des délices

Jo s'arrêta net. Devant elle, une toile immense, plus haute qu'elle et large d'au moins trois mètres était plantée là, au milieu de la pièce, et la toisait.

- Tu vois Jo, c'est un triptyque. Ce tableau est fait de trois panneaux, tu les vois?

Jo regarda à gauche puis à droite et effectivement vit qu'il y avait en fait trois toiles posées cote à cote. Celle du milieu était plus grande, celles des bords étaient plus étroites.

- Un triptyque. Le panneau de gauche est l'enfer, celui de droite, le paradis, et au centre, la vie. Je devrais dire en fait qu'à gauche tu as l'ombre, à droite la lumière, et au centre, la vie. L'ombre est sombre et triste, mais pas trop, car elle contient l'espoir, et la lumière est belle, mais un peu froide, ennuyeuse, car elle est la perfection et ne connaît pas l'erreur. Donc elle est morne, figée. Parfaite mais froide. Tu sais Jo c'est très difficile de peindre de la lumière froide, car en général, la lumière provient du soleil et elle est jaune, dorée et chaude. Comme quand tu restes derrière une vitre et que tu ressens cette douceur tiède de la lumière.

- Et au centre, comment tu peins la vie?

- La vie, pour moi, c'est un paysage de champs, des champs de blé, des champs de fleurs, des arbres. Tu vois, j'ai commencé à peindre un champ de blé, ici, tu le vois?

. Oui, bien sûr, un grand champ de blé, tout doré de soleil. Avec du ciel au-dessus

. Oui, j'adore le ciel, c'est l'idée de l'immensité, et bleu, en plus

Adam se mit à rire

- Et comment tu fais pour les couleurs?

- D'abord j'ai un feeling, mais c'est surtout Zac qui m'aide. Tu sais, on peint les tableaux à deux. Moi je peins ce que je ressens, Zac me donne les couleurs, me dit où je me situe sur la toile. Ensuite, Zac reprend le tableau, il y ajoute des touches personnelles, il termine un trait qui est parfois resté en l'air. Mais toujours en me disant ce qu'il fait. Il ne se permettrait pas de modifier un tableau sans me le dire. Et tu sais, quand le tableau est sec, je le lis avec mes mains. Je sens les couleurs qui ont différentes chaleurs, je sens les reliefs. Tu vois, si je peins une fleur, quand la toile est sèche, je passe mes doigts et je sens les pétales qui s'ouvrent, les pistils fragiles, la tige charnue, les feuilles tendres. Dans le ciel, je parcours les nuages, ils forment des bosses légères sur la toile. Je visite le tableau, je le vois avec mes mains.

- Et tu signes les tableaux?

- Non, tu es folle ! Oh pardon Jo. Excuse-moi. Non, bien sûr que non. Je suis un fantôme, je ne peux pas signer

- Un fantôme?

- Oui, un fantôme est quelqu'un qui peint pour un autre, donc son nom ne peut pas paraître

- Ah, pour Zac...

- Mais non, Zac est aussi un fantôme. Nous sommes en fait un seul fantôme, les acheteurs ne savent pas que nous peignons à deux, puisque je n'existe pas. Seul Zac existe officiellement, tu sais.

- Un fantôme, mais je n'avais jamais entendu ce terme? C'est légal?

 

 

07:15 Publié dans Fiction sociale | Tags : roman, genre, femme | Lien permanent | Commentaires (0)

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