29/08/2016

MA SYRIE - Nour, ma rencontre avec la lumière

J'attends dans le hall. Je suis arrivée à Damas en voiture, avec un chauffeur. Une voiture jaune, un taxi, comme on en voit sur les photos de Cuba. J'ai traversé tout le pays ou presque. D'Alep à Damas, une route, toute droite, qui traverse des villages, des déserts, des champs d'oliviers, des montagnes, enfin, des rochers. Terre nue et aride, terre de sable et de chaleur. Je suis assise dans le hall de cet hôtel français, enfin, dont le nom est français: le Méridien. Il trône sur une colline, tour de garde au milieu du bruit des voitures qui n'arrêtent jamais de klaxonner. Je commande un jus d'orange à un serveur habillé de noir avec une chemise blanche sous un gilet. Il est très souriant, très avenant. Il y a des gens partout, ça rentre, ça sort. Tout un monde. J'ai tant de choses à voir que je ne vois rien, ou presque. 

Une femme habillée d'une longue robe foncée, cheveux cachés, très souriante, se tient debout devant moi. En anglais elle me demande si je m'appelle Jill. C'est vrai qu'il n'y a que moi comme "grande blonde" assise dans ce café dans le hall de l'hôtel. Elle ne pouvait pas se tromper. On ne s'est jamais vue avant. Je me lève, rougissante. C'est la première fois que je me trouve face à une femme dont on ne voit rien ou presque. Ses mains sont très soignées. Elle est très jolie, mince, grande, de grands yeux, elle marche toute droite, devant moi. Je suis tellement intimidée. Moi la petite suisse, gestionnaire junior, ou même pas encore, je me trouve derrière une princesse. Elle marche comme une princesse. C'est une femme comme les autres que je croise dans la rue. Je la suis. Elle me dit quelque chose au sujet de la voiture, je ne comprends rien, j'acquiesce. Soudain, le jeune serveur arrive en courant, sur le trottoir, brandissant un carnet en cuir noir et m'interpellant à haute voix. Je le regarde, surprise. Je suis partie sans payer mon jus d'orange ! Quelle horreur ! Ici aussi on paye ses consommations, bien sûr ! Comme en Suisse ! Je suis partie sans payer, j'ai honte ! Nour se tourne, échange quelques mots en arabe avec le serveur, elle sourit, sort son porte-monnaie de son sac et donne quelques billets au garçon. Il me regarde, me remercie, s'excuse, s'en va en reculant sur son trottoir. Je suis très gênée, je ne sais pas ce que Nour lui a dit. 

Le chauffeur arrive, il sort, ouvre la portière de cette voiture banale, réponds gentiment à Nour et nous nous asseyons derrière. Nour se tourne vers moi, m'offre son grand sourire, ses yeux brillants, sa douceur. Et elle me demande, alors comment ça va ? Je crois mourir...

08:00 Publié dans Ma Syrie | Tags : syrie, voyage, culture | Lien permanent | Commentaires (0)

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