12/09/2016

MA SYRIE: Sissi, le restaurant des Reines

Je marche dans la ruelle. Entre deux hauts murs, murs nus de pierre jaune. Une bande de ciel bleu marque la rue du ciel, là-haut. Je suis le monsieur qui me précède. Je pourrais presque toucher chaque côté de mes bras. Il s'arrête. A notre droite une porte en bois qui s'ouvre entre deux pans de pierre taillés. Il s'arrête, me sourit, et s'engage dans ce gouffre de noir. Je suis. Noir et frais. Mes yeux ne voient plus rien. Le temps de m'adapter, je vois devant moi un comptoir, une sorte de table haute sur laquelle trônent des carnets, des stylos. Un homme très digne est en train de discuter fort sérieusement avec mon hôte. Il est habillé de noir, chemise blanche, veston, pantalon à plis. Avait-il une cravate ? Mon souvenir est imprécis. Je pense que oui, en tout cas, il avait le style de porter une cravate. C'est le chef de rang. Je vois soudain dans cette pénombre que d'autres hommes habillés de noir marchent dans tous les sens, ils vont vite et sont précis. Bien évidemment je ne comprends rien à ce qui se dit. J'écoute la musique des sphères, les mots égrenés comme des perles. Je perçois la douceur, la beauté, mais je ne la comprends pas. C'est ce qui rend encore plus présent ce sentiment de bien-être. Mon hôte se tourne vers moi. Après cette discussion qui devait être digne d'un ministre et de son roi, il me demande si je préfère manger dedans ou dehors. Dehors ? J'aime toujours être le plus proche de l'air qu'il m'est possible. Je suis. Encore. Nous marchons quelques pas, traversons une salle dans laquelle des tables sont dressées, couvertes de nappes blanches, de petits plats colorés, entourées d'hommes, de femmes souriant, discutant. 

Dehors. Dehors c'est dans la cour intérieure. Je m'arrête. Comment décrire un tel endroit ? Il y a des tables dressées tout autour de la fontaine, qui chante. Un citronnier embaume dans un coin, un escalier s'élève vers l'étage. Mes yeux le montent, marche après marche. Je découvre que les murailles de l'extérieur de la bâtisse se parent de fenêtres en dentelles à l'intérieur. Je tourne sur moi-même. Je sais déjà que tout le monde sait que je suis une touriste. On me regarde, on me sourit. Je m'éblouis. Je m'assieds sur la chaise que le serveur a retirée derrière moi. Il déplie ma serviette blanche et me la tend, je la pose sur mes genoux. La-haut, un grand carré de ciel bleu nous protège du soleil. Le ciel est limpide. Mon hôte me parle, l'entends-je ? Il commande les mézzés et me raconte que dans ce restaurant, l'impératrice Sissi est venue manger. Sissi. Sa statue a été inaugurée sur les quais, à Genève. Sissi qui passait son temps sur les rives du Léman. Elle était venue à Alep. Elle était venue manger ici, dans ce restaurant. Et depuis, me dit mon ami alepin, ce restaurant a pris ce nom: "Sissi". J'écoute la musique des sphères, l'impératrice, c'est moi, à ce moment précis, sous le ciel bleu roi, la nappe blanche, le serveur qui me tend l'eau fraîche et la verse dans mon verre. Alep, ville impériale qui a gardé les rituels de bienséance intacts. Alep la dorée. Alep. Choukran habibi.

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