19/09/2016

MA SYRIE: la découverte

Je suis assise dans l'avion, direction, Alep. Je me sens en même temps très heureuse et très bizarre. Quand mon chef m'a donné son accord à ce que je réponde positivement à l'invitation d'assister au mariage, j'ai sauté de joie. Aller en Syrie, quelle histoire ! Alors tout le monde m'a dit que c'était une dictature, que les gens croupissaient dans les prisons, que le pays était l'un des plus pauvres de la planète, que je ne parlais pas la langue, que je ne connaissais personne, que le dictateur était un monstre etc. ec.

J'ai mis un chapeau dans ma valise. J'imagine que comme tout grand mariage, les dames vont porter des chapeaux. Un chapeau simple, sans ruban ni chichis, juste un grand chapeau.

Arrivée à Alep Aéroport International, je souris. C'est international comme certains aéroports de taille locale, mais ce qui me reçoit de plein fouet c'est la chaleur. Non pas une chaleur comme on la connaît aux Tropiques, non, une chaleur sèche, directe, comme un coup de poing dans la gorge. Il fait chaud. Le soleil est puissant, l'air immobile.

Mon client est venu me chercher. C'est un petit client. Sur son compte il a autant que moi sur mon compte d'épargne. Ce client, comme d'autres, m'ont été confiés suite à une segmentation interne. J'ai trente ans, trois enfants, suis une assistante en train, j'espère, de devenir junior. Mes clients sont tous petits, je ne connais personne, n'ayant aucune relation au Moyen Orient. Alors j'ai appelé chaque client pour me présenter. Ils habitent pour la plupart au Liban et un peu en Europe. Il y en a un en Syrie. Je l'ai appelé comme les autres. Et ce petit client a été très content. C'était le première fois qu'il recevait un appel. Nous avons commencé à travailler ensemble, je l'ai écouté, il m'a invitée au mariage de son fils.

Mon petit client est un petit homme. Avec un ventre généreux qui le précède un peu. Dans cette région du monde, on adore manger, et la cuisine est succulente, je le découvrirai à chaque voyage. Manger est une fête, on se retrouve ensemble, en famille, en amis, et on mange, on boit, pendant des heures, celles qui sont enfin fraîches au début de la nuit. Ces retrouvailles quotidiennes se vivent partout, jusque dans les jardins publics, les rond-points d'autoroute sur lesquels les gens sont assis, mangent, discutent.

Mon client m'emmène je ne sais où, à mon hôtel. C'est une grande tour qui surplombe la ville au milieu de la ville. Les chambres donnent soit sur un côté soit sur l'autre. Du mien, j'ai vue imprenable sur les jardins et la piscine de l'hôtel, et au fond, je vois la Citadelle d'Alep. D'un autre temps, perchée sur une colline aux flancs lisses, recouverts de dalles en pierre dorée.

Je ne connais personne et ce soir-là, je rencontre des centaines de gens. Un mariage en Syrie est un événement. Toute la famille, toutes les familles, tous les amis, tous ceux qui nous ont invités avant se doivent d'être présents. C'est un mariage chrétien, hommes et femmes sont ensemble. Plus tard et à Damas je serai invitée à un mariage musulman, et, en compagnie des femmes, aurais ainsi la chance de participer à un moment riche et coloré d'une culture dont j'ignore tout.

Mon chapeau est déplacé. Personne n'en a. Je le range sur mes genoux. Je suis intimidée dans cette église bondée de monde. C'est beau. La mariée est belle. C'est la plus belle. Moi je suis. Je suis le cortège, je suis celui qui m'emmène. Le dîner de fête a lieu à mon hôtel. Il s'appelle le Chahba Cham. Chams, si je ne me trompe, est le nom local de Damas, la ville soleil. Les deux villes rivalisent pour savoir laquelle est la plus ancienne dans l'humanité. Plusieurs milliers d'années.

Quand je m'endors, même avec les yeux fermés je suis encore éblouie par tant de gens qui se parlent, qui discutent, qui célèbrent, qui dansent, sur la grande terrasse, au frais. Mon premier contact avec la Syrie est très loin de ce qu'on m'a dit. J'ai croisé beaucoup de gens, de toutes sortes, et tous, sourient. Au mariage, dans la rue, dans l'hôtel. La Syrie sourit, et moi aussi.

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