10/10/2016

MA SYRIE - Nour, une femme comme une autre

Lors d'une rencontre à Londres d'une association de femmes dont je faisais partie, j'ai raconté que j'allais voyager en Syrie et que je ne connaissais personne ou presque. Une participante me donna les coordonnées d'une femme qu'elle avait rencontrée à un congrès, Nour, et qui habitait Damas.

Nour s'occupe de développer un modèle de type Montessori si je comprends bien à Damas, pour les enfants. Elle est très active dans son quartier et dans sa famille, une grande famille pleine d'alliés et de cousins plus ou moins éloignés. D'ailleurs dans la langue arabe il y a une distinction entre la belle-soeur qui est la femme du frère ou la soeur du mari. Idem pour les cousins, germains de l'un ou de l'autre. Chacun son nom, chacun sa place. Les arbres généalogiques sont vastes, larges, puissants. Telles les familles et les patriarches. Nour doit être sunnite je pense. On n'en a jamais parlé entre nous. La question ne se posait pas pour moi. Je suis allée avec elle en vacances en Jordanie, à Petra, nous avons partagé les mêmes repas, le même hôtel, la même voiture, mais je ne sais toujours pas si elle est sunnite ou chiite. Je sais en revanche qu'elle a une grande famille car sur la route d'Amman, nous nous sommes arrêtées à plusieurs reprises chez des membres de sa famille. 

J'apprends les coutumes. Quand Nour est venue me chercher pour la première fois à Damas, à l'hôtel, elle était très contente de me voir. Cette femme très ouverte sur le monde voulait savoir des tas de choses sur ce qui se passait chez nous. Elle connaissait bien les USA, une partie de sa famille y habitant, à qui elle rendait régulièrement visite. Mais en Europe, et encore plus en Suisse, elle ne connaissait pas grand chose. 

Arrivées devant chez elle, nous sommes descendues de la voiture. Nour m'a fait entrer dans un salon et m'a dit qu'elle revenait tout de suite, qu'il fallait que je m'assoie. Je n'osais pas, tant le mobilier était surprenant. Il y avait des canapés de style Louis quelque chose, en bois sculpté, avec des assises en tissu et des coussins. Ce qui était étonnant était le choix des couleurs: le tissu des canapés était gris argenté et toutes les parties en bois étaient peintes en argent. Les coussins étaient de fil d'or ou d'argent, de petits objets brillants étaient disposés sur une table basse, en décoration. Au mur, un tableau représentant une sourate, certainement, brodée en fil d'or.

Un monsieur fort digne entra, et se présenta. C'était le père de Nour. Une dame arriva, c'était sa maman. Ensuite un jeune homme arriva, c'était son frère, il repartit après m'avoir saluée. Puis une autre femme, jeune, en jeans, vint s'asseoir avec nous. Elle avait les cheveux courts, des jeans Guess, la marque écrite en grand, et un t-shirt moulant blanc. Je souriais, maintenais ce que je pouvais de conversation, avait accepté avec enthousiasme le café et attendais Nour. 

Au bout de quelques minutes, la jeune femme commença à rire. Ses yeux maquillés se plissaient. Elle me regarda tout droit dans les miens et me demanda si vraiment je ne la reconnaissais pas. Je balbutiais un non vague, me sentant un peu mal à l'aise, j'aurais du la connaître ? Elle se leva, se campa devant moi, sur ses sandales à talon: "I am Nour !" Je suis Nour, tu ne me reconnais pas ? Alors là, non, mais alors pas du tout. Je restais bête sur mon canapé argenté. Cette jeune femme en jeans qui aurait fait tomber tous les mecs de l'école était cette femme en robe foncée, cheveux couverts, sans maquillage, talons plats, qui était venue me chercher à l'hôtel ? Devant ma mine déconfite, Nour s'assit près de moi et m'expliqua que dehors, elle se couvrait pour éviter tout contact avec les autres gens, mais que chez elle, dans sa famille, elle vivait comme toutes les filles, avec jeans, talons et maquillage ! 

A chaque visite à Damas j'ai fait mon possible pour avoir du temps avec Nour. Elle m'a emmenée dans des endroits magnifiques, comme le souk Hamadieh, si je ne me trompe, qu'elle appelait "wonderland".

Quand le café est arrivé, dans ce salon tellement original, je n'ai pas réussi à le prendre dans mes mains, j'étais ailleurs, perdue dans le regard de Nour, une jeune femme comme une autre de Damas.

08:00 Publié dans Ma Syrie | Lien permanent | Commentaires (0)

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