23/03/2011

2100 ZONE AMA

Chapitre 8

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Georges se tut immédiatement. Il avait franchi les limites que lui s'étaient toujours imposées vis-à-vis de Kim et de la famille. Il avala sa salive

- Je regrette Miss Jo, je n'aurais jamais du dire cela

- Je vous en prie Georges, vous avez raison. Et en plus vous connaissez ce secret qui doit être lourd à porter

- Non Miss Jo, il n'est pas lourd à porter, il est insupportable. Je veux dire, il ne représente rien tellement il est en dehors de toutes les règles, de tous les règlements, de toutes les lois. Il ne transgresse rien car il n'est même pas imaginé

- Vous êtes dur, Georges, Adam n'est pas imaginé, c'est un homme

- Oui, enfin, non. Je veux dire que sa réalité effective n'est pas représentée dans notre panoplie d'êtres vivants. Donc est-il une réalité ou une idée ?

- Si c'est une idée, c'est une idée qui a des mains très douces

- Je veux dire, peut être qu'il ne pourrait même pas être jugé s'il était retrouvé car il n'est pas susceptible de correspondre à un critère d'existence. S'il n'est pas né, n'a pas d'identité, n'est pas enregistré, catalogué, n'a pas d'implant, n'a pas de travail, n'a pas de bracelet. Il n'existe pas, donc il ne peut pas être jugé ! Il faut exister pour être jugeable !

- Pas de bracelet. Reprit Jo. Georges, vous savez que demain j'ai mes examens qui commencent

- Oui bien sur Miss Jo, je sais

- Et vous savez que juste après, je veux partir au bord de la mer

- Chez Mami Li?

- Non, au loft

Georges émit un petit grincement

- Comment Georges, vous y voyez un inconvénient?

- Pas du tout Miss, je vous mènerai au bord de la mer...

- Très bien. Mais le point délicat est que je ne veux pas aller au bord de la mer toute seule

- Bien, qui voulez-vous prendre avec vous? Il me semble que Miss Nam ne se promène plus dans les parages. Miss Julia?

- Non, Georges. Je veux aller au bord de la mer avec...

- Oui?

- Avec ... Adam

Georges se figea. Son silence emplissait toute la voiture. Adam? Au loft? Jo était folle. Elle parlait de prison qu'elle se fixait elle-même pour protéger saman et Zac, et deux secondes après elle lançait une bombe atomique.

- Miss Jo, si vous me permettez, il me semble que ce ne soit pas, comment dirais-je, raisonnable

- Raisonnable? Je m'en fous

- Miss Jo, vous me parliez de prison qui vous obligeait pour protéger Kim et Zac, et maintenant, vous brisez toutes les chaînes?

- Georges à la maison, je ne dois pas aller dans la zone. Je suis surveillée parce qu'il y a des caméras de surveillance partout. Et parce que Mman travaille au Ministère et parce que Mme C. Crone me fait suivre pour on ne sait pas quelle raison. Mais à la mer ! D'abord, il n'y a pas de caméras de sécurité. Ensuite Adam ne sortira pas du loft, il restera à l'intérieur tout le temps. Cela ne lui sera pas pénible, il a l'habitude de rester enfermé, lui

- Parce que l'habitude excuse les murs?

 

 

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22/03/2011

2100 ZONE AMA

Chapitre 8

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Jo engloutit son petit déjeuner. Georges lui tournait autour, impatient et souriant. Jo s'assit à coté de lui dans la voiture, ce qui ne lui était jamais arrivé. Elle avait hésité puis s'était dit que si Kim et Swan étaient venues, Kim se serait assise sur le siège avant. Alors... alors elle ouvrit la portière et s'assit. Georges fit mine de ne pas remarquer, mais il souriait encore plus. Il faisait beau, le ciel était bleu, c'était une journée d'été limpide. Un dimanche. Georges adorait les dimanches. Il se mit en route et Jo alluma la musique. Elle sélectionna un enregistrement de musique fun, et chantonna avec la chanteuse et ses choristes l'air à la mode. Elle se cala confortablement et soupira.

- Georges

- Oui Miss Jo

- Vous savez, je me sens si bien

- Vous m'en voyez ravi, car ces derniers jours, je vous trouvais triste mine

- Triste mine triste cire. Je déteste être enfermée

- Vous n'étiez pas enfermée, vous pouviez sortir de la maison

- Oui, sortir de la maison, aller à l'uni. Mais rien de plus. Et le pire, c'est que je me suis enfermée toute seule

- Comment ça, Miss Jo?

- C'est Kim qui m'a dit de ne pas aller dans la zone, mais j'aurais bien pu y aller, elle ne m'a pas enchaînée

- Je ne vous aurais pas emmenée

- Mais il n'y a pas que vous Georges, il y a d'autres moyens de se déplacer...

- Miss Jo, vous n'auriez pas fait ça à Madame votre mère. Elle en serait morte d'inquiétude

- C'et bien ce que je dis, la prison dans laquelle je me suis enfermée est toute mienne. En fait, elle est le bien-être ou la sécurité des autres. Et cette prison là est encore plus solide que n'import quels murs.

- Je crois que je comprends

- Oui, voyez-vous, si Mman avait fermé à clé la porte de la maison, je n'aurais eu qu'une envie, c'est de sortir, et j'aurais trouvé un moyen de passer la porte. Et le fait que la porte fut fermée m'aurait donné la justification de l'ouvrir. Mais là, en me disant qu'elle et Zac risquaient gros, je me suis arrêtée devant la porte. Je ne pouvais même pas essayer de l'ouvrir, alors qu'elle n'était pas fermée à clé ! Je ne pouvais pas faire encourir un risque à Mman ou à Zac

- Et encore moins à Adam

 

 

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21/03/2011

2100 ZONE AMA

Chapitre 8

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Georges sentait qu'il allait trop loin, mais il sentait aussi que son secret partagé avec Jo lui ouvrait une porte, une porte sur l'âme, une porte sur des sujets dont on ne parlait jamais. Dans cette société, la mère n'était mère que d'une fille, les mères de garçons se cachaient, ou venaient de milieux moins favorisés, ou étrangers. Une femme se devait de donner naissance à une fille, c'était la lignée, le sang, l'héritage, la puissance, la fortune, le rang. Une mère avait une fille, tout le reste ne comptait pas. D'ailleurs, Adam en était la preuve la plus tangible, quelle femme aurait pu abandonner sa fille? Aucune. Mais un fils, que faire d'un fils, en plus d'un fils aveugle. Une femme ne peut pas le garder, elle doit le poser au bord de la route, comme une poubelle. Georges soupira.

- Quoi encore Georges?

- Miss Jo, vous savez, Adam...

- Quoi Adam?

- Adam est une question

- Une question?

- Oui, en fait non pas une question, mais la question

- Georges, vous pourriez être plus clair?

- Adam, c'est la question de la vie

Georges posa la tasse et Jo se planta dans le silence. Que dire? Rien. Kim descendait les escaliers en riant

- Alors les deux, que complotez-vous dans la cuisine? Oh mais je vois que ma petite Jo est belle comme un cœur et que notre cher Georges est habillé d'une nouvelle chemise, rasé de près et souriant. Laissez-moi deviner, Jo, tu vas étudier encore à la bibliothèque de l'uni et Georges va t'attendre sagement dans la voiture? Ils éclatèrent tous de rire

- Oui Mman, je prends mon maillot de bain pour aller m'enfermer dans une salle fermée avec des ordinateurs fermés et des idées fermées.

- Oui, mais j'ai une mauvaise nouvelle, enfin, pas pour vous. Je ne peux pas aller chez Mami Li aujourd'hui. Nous devons terminer un projet au Ministère, les fériées approchent et on doit impérativement finir avant. Donc, je pars dans un bureau fermé, avec un ordinateur fermé, des idées fermées et des fenêtres... ouvertes. Il y a ma copine la grenouille sur son nénuphar qui m'aide à ne pas souffrir d'être dedans. Tu te souviens?

- C'est pas une grenouille, c'est un prince charmant, transformé il y a des siècles par une vilaine sorcière

- Bien, je vois que tu n'es pas trop fâchée que je ne vienne pas avec vous. Georges, vous emmenez Jo chez Mami Li, ça va?

- Oui Mme Kim, j'emmène Jo seulement chez Mami Li

- Merci, je comprends bien votre petit stratagème, Mman je t'ai promis que je n'irai pas dans la zone, je n'irai pas. Je ne veux pas te mettre en danger, j'ai bien compris, je ne suis pas stupide.

- Je sais Jo, tu es formidable. Et Kim prit sa fille dans ses bras, la serra très fort en murmurant à son oreille un « je t'aime » tout doux. Je t'aime, je te tiens, je te retiens et te soutiens pour que tu ne tombes pas, pour que tu ne te fasses pas mal, pour que personne ne te fasse souffrir.

 

 

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18/03/2011

2100 ZONE AMA

Chapitre 8

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Dimanche matin, Jo se réveilla dans le soleil et le sourire de son tableau. Elle se leva très vite, prit une douche rapide, glissa son corps bronzé dans une robe en lin bleu ciel, confortable comme une grande chemise, enfila des sandales et prépara la table du petit déjeuner dehors. Georges était là, fringant comme un sou neuf, s'affairant en regardant sa montre tous les instants. Il attendait que Kim et Swan arrivent, il avait hâte de partir. Le dimanche était son jour préféré, tout au moins quand Kim allait chez Mami Li. Les rares fois où elle avait du renoncer à la visite dominicale à saman, Georges avait souffert et chaque minute qui ne passait pas était un enfer. Par chance, cela n'arrivait pas souvent. La dernière fois, Kim n'ayant pas eu besoin de lui, il avait même fait le trajet jusqu'au village de Mami Li, sans oser aller la voir. Comment aurait-il pu expliquer qu'il venait sans Kim? Georges sifflotait. Jo était ravissante, il se permit de le lui dire. Elle était comme sa fille, il la connaissait depuis sa naissance, l'avait conduite, transportée, accompagnée à peu près partout, il l'avait entendue, même s'il ne devait pas l'écouter, il savait ses secrets et le dernier en date: Adam. Avec Zac, il était le seul à connaître l'existence du jeune homme. Jo avait trois hommes dans sa vie, trois hommes qui l'entouraient d'un secret, d'un amour... ce mot dans sa tête fit sursauter Georges. Les hommes ne devaient pas aimer les femmes, ils pouvaient les servir, sans plus. Il renversa la tasse de café qu'il tenait

- Alors, Georges, on ne regarde plus ce qu'on fait?

- Excusez-moi Jo, je pensais à autre chose

- Oui je sais Georges, à Mami Li...

- Miss Jo, je vous en prie !

- Georges, je sais bien que vous l'adorez, Mami Li est tellement super. C'est une mère, dans le sens de celle qui protège, celle qui aime, celle qui est toujours la. Moi aussi je me réjouis de lui rendre visite. Chaque semaine. Sauf quand je suis au loft, c'est vrai, mais on se parle toujours par téléphone au moins

- Oui Mami Li est une femme exceptionnelle. Et c'est vrai ce que vous dites, c'est notre mère à tous, enfin, si j'ose.

 

 

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17/03/2011

2100 ZONE AMA

Chapitre 8

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- Jo, mange ton œuf avant qu'il ne soit froid. Quel est ton programme aujourd'hui?

- Travailler, travailler et encore... travailler.

- Ok, si tu as besoin d'aide, n'hésite pas, et demain on va chez Mami Li, cela te changera les idées. On pourrait se baigner, la mer est divine.

- Oui, c'est une super idée. Et tu sais, Mman, après mes examens, j'irai au loft quelques temps

- Oui, c'est ce que je t'avais proposé

- Oui, j'y resterai jusqu'à mon anniversaire, tu es d'accord?

- Euh oui, nous pourrons venir les week-ends?

- Oui, enfin non, j'aimerais bien rester toute seule. Je vais travailler sur le projet pour le centenaire, tu sais, cette femme qui a vécu il y a 100 ans et dont on a des archives

- Oui, tu vas te lancer tout de suite? Tu ne veux pas faire une pause avant de démarrer ce projet?

- C'est du plaisir Mman, et ça me changera des cours de Me Aiko... et de Nam

- Vous avez décidé quoi avec Nam ?

- De nous donner une seconde chance. A mon anniversaire, je lui dirai ce que je décide

- Et alors?

- Alors, c'est tout décidé, je ne vais pas attendre mon anniversaire. Je ne vivrai jamais avec elle

- Cela va être dur pour elle. Tu vas lui dire?

- Non, pas avant mon anniversaire, il faut d'abord que nous passions les examens, si je parle avec Nam maintenant, elle risque de tout planter et de partir à la montagne tout de suite, sans finir. Et je ne veux pas être responsable de son échec. Alors comme nous avons dit que le délai était mon anniversaire, je vais attendre mon anniversaire. Le premier août

- En fait tu sais ce dont tu as envie pour tes 20 ans? Si Nam n'est pas dans le coup, tu veux faire quelque chose de particulier?

- Mman, je ne sais pas encore, je veux finir mes examens et je te dirai après. Ce que je sais, c'est que j'aimerais bien faire la fête à la maison et que Mami Li soit là.

- Et tes copines?

- Je ne sais pas. Je pourrais organiser une fête à la rentrée. D'abord toutes sont en vacances, puis Nam aura fait un roman fleuve de notre histoire et de notre rupture, ce qui va m'amener des larmes et des reproches. Alors je préfère faire la fête avec toi Swan et Mami Li

- Et Georges

- Et Georges. Et Zac? Il pourrait venir ?

Kim regarda sa fille, interloquée. Zac, invité pour l'anniversaire des 20 ans de Jo?

- C'est à mon tour de te répondre que je dois réfléchir. Zac est un inconnu pour moi

- Oui, mais c'est ton frère vous avez le même sang

Kim se taisait Jo n'avait pas raconté que les gants blancs de Zac dans soin rêve étaient couverts de sang. Le sang de qui?

- Ecoute ma douce, mange ton œuf, je te dirai. En tout cas, j'ai bien compris que le premier août nous fêterons en famille à la maison. Enfin, sauf si tu changes d'avis.

Kim se leva, admira encore le tableau, fit un gros bisou à Jo sur la joue et sortit. Jo se munit de sa petite cuiller et tapota gentiment le haut de l'œuf.

 

 

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16/03/2011

2100 ZONE AMA

Chapitre 8

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Au matin, Kim entra dans sa chambre avec un plateau sur lequel trônaient une tasse de cafélait, un œuf à la coque, des tranches de pain toastées et la merveilleuse confiture au pamplemousse rose et gingembre que Kim avait amoureusement versé dans un bocal de verre.

 

- Alors?

- Coucou Mman

- Tu as bien dormi?

- Non, en fait oui

- Non ou oui?

- Je n'ai pas très bien dormi le début de ma nuit, je me suis réveillée en faisant un cauchemar. J'étais suivie par une voiture noire et mes jambes ne voulaient pas courir

- C'est Mme C. Crone qui te perturbe

- Oui, d'ailleurs, elle était dans le rêve, elle était assise et buvait du thé. Et tu sais qui conduisait la limousine?

- Non ! Georges, je veux dire, Georges le présumé violeur?

- Non, Zac. C'était Zac qui conduisait. Avec des gants blancs

- Etrange. Zac a beaucoup de chance d'être un fantôme. Il gagne bien sa vie, et il est relativement libre

- Oui, et tu sais pourquoi ensuite j'ai bien dormi?

- Non ma chérie, je ne devine pas... Kim souriait en regardant le tableau

- Tu sais, je ne l'avais pas vu quand je suis rentrée. Je ne l'ai remarqué seulement à 4 heures quand je me suis réveillée de mon cauchemar

- Et alors, il te plaît toujours?

- Oui Mman, tu sais... Jo hésitait

- Oui, Jo, je sais

- Tu sais quoi?

- Il faut savoir ma fille, soit tu me demandes si je sais, soit tu me demandes ce que je sais

- Tu sais pour Zac?

- Zac et le tableau, Zac est le peintre qui a peint ce merveilleux profil de la plus ravissante jeune fille de toute la cité.

- Alors tu savais?

- Je l'ai compris à l'expo. Le tableau te ressemblait tellement et tu étais allé voir Zac. Mais je ne pouvais rien dire, et surtout pas devant Madame Emma.

- Mais tu aurais pu me dire après? Quand on était seules

- J'y ai pensé, mais tu sais, grandir c'est aussi découvrir des choses par soi-même. Zac est mon frère, je ne l'ai pas vu depuis des années, il resurgit du néant, rencontre ma fille et peint son profil. Cela fait beaucoup pour une seule histoire. Toi tu vis la tienne, ta relation avec Zac est tout autre, alors je t'ai laissée dérouler les découvertes à ton rythme. Et ce n'est pas un plus beau cadeau? Non seulement tu as un tableau extraordinaire dont tu es le modèle, mais en plus tu découvres que le créateur de cette toile est ton oncle.

Jo pensait à Adam. Et si saman savait?

 

 

 


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15/03/2011

2100 ZONE AMA

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Amour

 

Jo dormit très mal, Elle se tourna et se retourna des dizaines de fois, Elle marchait dans la rue et sentait qu'une voiture la suivait, elle se retournait, voyait une immense voiture noire juste derrière elle. Elle essayait de courir, mais ses jambes ne lui obéissaient pas. Elle voulait crier, mais aucun son ne sortait de sa bouche, il faisait nuit et jour en même temps, et la voiture approchait, se rapprochait. Elle voyait Zac au volant, c'était lui qui conduisait, il lui criait : "Va dans les champs de coton, va voir la vérité" et derrière lui, Jo voyait Madame Mado C. Crone, avec un sourire terrible, un sourire gentil, et elle buvait du thé, dans une tasse en porcelaine fine. Et Zac portait des gants blancs, des gants blancs tout maculés de sang. Jo se réveilla en sueur. Sa montre de chevet lui indiquait 4h16. Elle alluma la lumière. Et elle se vit. Encore. Jo pensa qu'elle revivait cette expérience de se voir marcher à côté d'elle quand elle réalisa qu'en fait, c'était son tableau qu'elle voyait. Il était là, posé sur la table de chevet, et lui faisait face. C'était certainement Kim qui l'avait mis là, pour qu'elle le voie en rentrant. Jo s'assit et prit la toile entre ses mains. Elle voyait son sourire, ses cheveux. Elle voyait Adam qui peignait, Adam qui peignait son coquelicot bleu, et elle voyait Zac, qui finissait le tableau. Mais en fait, elle n'avait jamais vu Zac peindre. Mais Zac devait peindre car Adam seul n'aurait pas pu peindre un portrait si réaliste. Et en bas à gauche, le nom de Miss Niva. « Quelle impostrice » pensa-t-elle. Ou non, c'était grâce à elle que les tableaux magiques comme le Marché Rouge pouvaient être admirés dans des endroits où des femmes passaient et les aimaient. S'il n'y avait pas de femmes qui achetaient ces toiles, il n'y aurait pas de Miss Niva, et sans Miss Niva, il n'y aurait pas de tableaux peints par Adam. Ou alors, ils seraient peints et entreposés quelque part, dans le noir de l'oubli. Les fantômes n'existeraient pas. Jo pensa à Kim, qui lui avait offert cette toile, il faudrait bien lui dire un jour. Mais comment? Kim ne connaissait pas la présence d'Adam. Jo pourrait lui dire qu'en fait le tableau était celui de Zac. Zac le fantôme, et Adam, le fantôme invisible. A quel moment existe-t-on?

 

"Je pense à toi donc tu existes" pensa Jo. Et elle se recoucha, Adam dans ses yeux.

 

 

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14/03/2011

2100 ZONE AMA

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Amour

- Hello Jo, comment tu vas?

C'était Julia, avec Flor

- Bonjour Julia. Jo éclata son premier sourire de la journée. Julia, son amie Julia. Elle se referma immédiatement, tout ce qu'elle lui avait fait subir lui revenait comme une porte qui claque

- Jo, je voulais te dire...

Flor lâcha le bras de Julia et s'éloigna de quelques pas

- Je voulais te dire, je suis contente de te voir. Je suis désolée pour tout ce qui s'est passé. Je n'ai pas été sympa avec toi, je ne suis pas digne de ton amitié, mais j'ai réfléchi, tu sais, j'ai agi sur de mauvais conseils, ou plutôt, sur des conseils que je n'ai pas remis en cause. Je ne sais pas, mais je ne voudrais pas que nous terminions cette année fâchées toutes les deux. Tu es mon amie et je ne voudrais pas te perdre

- Merci Julia, mais qu'est-ce qui t'a fait réaliser que notre amitié est plus forte que le reste?

- C'est Flor. Tu sais, elle est formidable. Et on a discuté ensemble, et on s'est rappelé le jour du défilé, tu te souviens?

- Oui, j'étais avec Nam...

- Oui, je suis désolée. Elle ne viendra pas ce soir?

- Non, elle ne viendra pas ce soir. Elle va passer ses examens et ensuite partir en retraite immédiatement

- Oui, je sais, c'est dur mais ça lui passera, elle va aussi grandir. Moi, j'ai grandi grâce à Flor. En fait dans un couple, chacun est une ébauche. Et c'est l'autre qui te façonne, qui termine de te forger, qui te fait grandir. Et vice versa, tu fais grandir l'autre, tu la rends plus belle, plus forte, plus digne. L'autre est celle qui façonne ton bonheur. L'autre n'est jamais l'instrument de ton plaisir, elle est la main qui créé. Flor est pour moi une révélation

- Je suis contente d'entendre que vous vous êtes trouvées. Je me souviens que nous avions eu une discussion durant laquelle tu m'avais dit combien Flor ne voulait pas se lier

- Oui, nous avons fait un bon bout de chemin depuis. Et tu sais, nous avons décidé de nous marier

- wow, félicitations, vous avez fixé une date?

- A la rentrée, probablement en septembre déjà

- Et bien, c'est super,

- Tu viendras à ma cérémonie?

- Bien sur

- Tu n'es plus fâchée?

- Je n'étais pas fâchée, j'étais triste

- Tu n'es plus triste ?

- Non, plus du tout. Jo mentait, elle aurait pu mourir là tout de suite

- Ok, alors je te laisse, Flor m'attend. A toute

- A toute.

Elles s'embrassèrent sur les deux joues et Julia partit rejoindre Flor. Jo restait plantée comme une fleur sur une longue tige, sans bouger, bête et droite, rigide et glacée. Elle se voyait, un bout de bois sans sourire. Elle décida qu'il était temps de rentrer. Elle retourna au parking, Georges, étonné, lui ouvrit la porte, et la ramena à la maison. Arrivée dans sa chambre, elle se précipita dans son lit et éclata en sanglots dans son oreiller. Sur sa table de chevet trônait son tableau. Perdue dans ses larmes, elle le l'avait même pas vu.

 

 

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11/03/2011

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Amour

- Tu es ravissante Jo

- Je suis affreuse

- Mais non, pourquoi tu dis ça? Cette robe te va à merveille, et tu es si jolie. Une jeune fille de 20 ans bientôt

- Je suis quand même affreuse. Et à quoi ça sert d'avoir 20 ans?

- Jo, ça ne sert à rien, tu n'as pas le choix, c'est le temps qui passe, tu dois faire avec

- Et si je ne veux pas avoir 20 ans.

- Jo, tu m'inquiètes. Qu'est ce qui ne va pas?

- ...

- Ce sont tes examens? Nam? Julia?

- Pourquoi tu me rappelles tout ce qui ne va pas autour de moi, c'est déjà assez dur comme ça

- Bon, mais si tu veux me parler, tu peux me raconter tout ce que tu veux, chérie, tu es ma fille et ton bien-être est mon principal objectif, tu le sais bien

- Oui Mman, je sais, mais je ne peux rien te dire maintenant. Je te promets, ce n'est pas grave, mais là tout de suite, je n'ai pas envie d'en parler

- Ok, si ce n'est rien de grave... mais ne prends pas de décision dans un tel état d'esprit, attends de te sentir mieux. Tu promets?

- Je te promets Mman que je ne prends pas de décision sans te dire avant.

- Allez file ma fille, le bal va commencer

Jo partit avec Georges. Elle était seule, elle arriva seule à l'uni, elle savait que Nam ne serait pas là, son nom ne figurait pas sur la liste des présences. Jo tendit son carton à l'entrée et soudain, entendit une voix connue

 

 

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10/03/2011

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Amour

 

Arrivée à la maison, Jo partit prendre un bain. Elle faisait glisser de la mousse le long de ses bras, de ses jambes. Elle avait tellement envie qu'Adam soit là pour lui caresser le dos, les épaules, le ventre, les seins. Un manque physique la mettait en attente. Tout son corps souffrait. Jo se rendit compte que si elle n'avait jamais connu Adam, elle n'aurait pas eu ce manque. La question était : « est-ce qu'il vaut mieux ne jamais connaître ce plaisir pour ne pas souffrir de son absence ou bien connaître un plaisir unique qui ne reviendrait peut-être jamais et vivre dans son souvenir? » Mais peut-on se souvenir du plaisir, ou de la douleur? On se souvient du moment, de l'ambiance, des gens, de l'heure et de détails qui se trouvaient être la au moment du plaisir, mais pas du plaisir en tant que tel. Et la douleur? Elle souffrait, c'était certain. Une douleur étouffante, fatigante, diffuse et lourde. Grise. Sa douleur était grise. Un gris terne et sale, un gris de vide, un gris qui n'était ni blanc ni noir, ni le tout ni le rien. Une erreur. "Ma souffrance est une erreur". Jo sortit du bain et se planta devant son armoire. Il y avait aussi le bal, le fameux bal de l'uni avant les examens pour que toutes puissent y participer. Celles qui auraient de bons résultats et les autres. Sans tristesse, sans regret, sans jalousie. Mais gris quand même, en tout cas pour Jo, rien que l'idée d'aller dans un endroit où tout le monde s'amuse alors qu'elle se sentait si mal la déprimait encore plus. Elle chercha une robe grise, mais n'en avait pas. Elle se décida pour une robe noire, qu'elle enfila. Elle se trouva laide, bien qu'elle sache que cette robe la mettait en valeur. Mais elle était grise et moche. Kim arriva dans sa chambre alors qu'elle se maquillait.

 

 

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09/03/2011

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Amour

Jeudi était un jeudi comme tous les jeudis. Et vendredi fut vendredi. Jo marchait comme une zombie, elle se voyait marcher, elle voyait son corps à coté d'elle, et elle, elle marchait à coté de son corps. Une automate. Les mots de Kim résonnaient dans sa tête, elle mettait toute la famille en danger, elle était paralysée, figée. Et elle pensait à Adam tout le temps. Il était dans sa tête comme une image constante, une toile de fond. Si elle parlait à Georges, elle pensait à Adam. Si elle parlait à Kim, elle pensait à Adam. Si elle ouvrait un ouvrage ou lisait sa plaque, elle pensait au livre de Platon et donc à Adam. Si elle mangeait ou buvait une tasse de café, elle pensait à Adam. Si elle regardait le ciel, elle pensait à Adam et à ses yeux bleus, bleus bleus. Et elle pleurait. Kim, inquiète, lui avait demandé pourquoi elle pleurait, et Jo avait répondu qu'elle se sentait tendue à cause des examens. Et elle avait pleuré encore plus fort, de son mensonge, de ne pas pouvoir dire, raconter, parler d'Adam. Adam était son secret, et elle ne pouvait pas le voir, pas lui parler, pas le toucher. Vendredi passa comme un jour sans intérêt. Jo rentra le soir directement à la maison avec Georges, comme la veille et comme mercredi. Trois soirs sans aller dans la zone, trois soirs sans voir Adam. Et Jo n'osait pas téléphoner, Kim lui avait bien recommandé de ne pas communiquer pendant ces quelques jours avec Zac. Le risque était énorme. Et Jo avait promis. Non pas pour Zac, mais pour Adam. Elle avait enregistré que s'il arrivait quoi que ce soit à Adam, ce serait « le pire ». Et elle voulait lui éviter « le pire ».

 

 

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08/03/2011

2100 ZONE AMA

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Amour

- Jo, je suis contente que tu le prennes ainsi. Tout ira mieux après les vacances. Dis, c'est quoi ce livre? Tu l'as emprunté à la bibliothèque, je croyais que les ouvrages ne sortaient pas ?

- Non, c'est Zac qui me l'a donné. Il en a des étagères pleines.

- Quelle drôle d'idée, avec un livrel, on peut charger n'importe quel livre et le lire. On n'a pas besoin d'accumuler des livres qui prennent une place folle. Un livrel c'est un seul livre, mais des milliers de textes différents, à la demande de la lectrice

- Oui, mais celui-ci est un livre unique, tu vois, la couverture, l'écriture, le papier, l'odeur. Tout fait partie de l'histoire. Il y a celle que raconte le livre, et il y a l'histoire du livre

- Tu m'intrigues, tu veux devenir bibliothécaire? Ou archéologue?

Kim se mit à rire

- Non, je veux juste lire ce livre comme je rencontre une amie. Découvrir un être unique qui raconte une histoire unique.

- Bien, mais occupe-toi d'abord de tes examens tu liras après.

- Oui Mman, bien sûr. D'abord mon travail, j'ai compris

- Tu vois ma belle, tu n'as pas le choix, les hommes travaillent dans les champs de coton, mais à cette heure-là, ils mangent et ont fini. Alors que toi, libre comme tu l'es, tu dois encore travailler dur pour être prête demain. La liberté ma chérie est un concept difficile à cerner. Je te propose d'y réfléchir et on en parle un ce des jours. Tiens, quand on va chez Mami Li. Tu viens dimanche lui rendre visite?

- Oui, c'est une très bonne idée, cela me fera une coupure pour les examens. Je monte j'ai des devoirs

- Ok ma belle. A plus

 

 

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07/03/2011

2100 ZONE AMA

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Amour

- C'est ce que Zac m'a expliqué hier soir, que les hommes travaillent dans les champs de coton, et dans les usines, et dans les centrales aussi

- Oui, les hommes travaillent. Et nous aussi. Tu crois que les femmes ne travaillent pas? Tu crois que je fais quoi tous les jours au Ministère, et tous les soirs où j'ai des séances de comité, tu crois que je ne travaille pas? Tu crois que je ne suis pas aussi fatiguée? Tu crois que je m'amuse?

- Non, Mman, mais tu as le choix de changer ton travail, tu as le choix d'arrêter et de faire autre chose. C'est la différence fondamentale. Eux, les hommes, ils n'auront jamais la chance de pouvoir dire stop, j'arrête, je fais autre chose, je change de Ministère, ou bien je réduis mes heures de travail. Eux sont obligés de faire ce qu'ils doivent faire

- Mais moi aussi, nous aussi nous sommes obligées, nous avons signé des contrats qui nous lient, on n'est pas libre, Jo regarde les choses telles quelles sont. Si tu veux avoir une maison comme la nôtre, une vie agréable, un loft à la mer, un chauffeur et une voiture, on doit avoir de l'argent, et cet argent nous enchaîne. Et nous libère. C'est le paradoxe. Il nous oblige et nous délivre. Jo, je ne veux plus que tu ailles dans la zone, au moins jusqu'à la rentrée. Zac est formidable, je n'en doute pas, mais il faut que tu le laisses tranquille. Il va continuer de peindre et toi, tu vas passer tes examens. Ensuite, je te propose d'aller au loft passer quelques semaines loin des bruits d'ici.

- D'accord, je ne vais plus dans la zone, je vais me concentrer sur mes examens et ensuite j'irai au bord de la mer.

Jo se sentait très fatiguée, mais elle avait trouvé la solution, elle irait au bord de la mer, elle irait dès le lendemain des examens, elle irait, elle adorait la mer. Mais surtout, elle irait et prendrait Adam avec elle. Et ils seraient ensemble tout le temps. Elle sourit

 

 

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04/03/2011

2100 ZONE AMA

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Amour

Kim l'attendait dans la cuisine, une tasse de thé devant elle à côté du livre de Platon. Jo entra, posa son sac et s'assit en face de saman.

- Jo

- Oui Mman

- J'ai été convoquée ce matin à la sécurité. Jo, tu ne peux plus aller dans la zone, tu comprends?

Jo hésita, elle pouvait mentir et dire qu'elle n'y était pas allée, mais Kim avait dit que c'était grave, et mentir n'arrangerait pas les choses, il n'y avait pour l'instant personne à sauver. Kim continua

- J'ai été convoquée à la sécurité. Lundi, tu étais dans la zone, mardi, tu étais dans la zone. Est-ce que tu réalises ce que tu fais, où tu vas? Est-ce que tu réalises qu'aucune jeune fille de ton rang ne se promène dans un tel endroit? Est-ce que tu réalises que tu mets ta famille dans une situation inconfortable voire dangereuse? Jo, la sécurité m'a demandé ce que tu faisais dans la zone. J'ai prétexté cette histoire de viol avec Georges et ai dit que tu pensais faire un travail pour l'uni à ce sujet. D'autant plus que la fille Crone a retiré sa plainte. Et tu sais quoi?

- Non Mman

- Et bien, je suis sûre qu'elles ne m'ont pas crue. Elles ont fait comme si c'était vrai, mais je suis certaine qu'elles connaissent l'adresse de Georges et qu'elles savent très bien que tu n'étais pas là. C'est un avertissement. Tu vas chez Zac, tu le mets aussi en danger, tu sais qu'il est un fantôme ! Si tout à coup la vérité se savait? La peintre ou les peintres qu'il fournit seraient aussi dans de mauvais draps

- Ce sont des voleuses

- Jo, c'est une chance que Zac sache peindre et puisse vendre ses toiles. Sinon, il serait obligé de travailler... comme chauffeur peut-être ou comme ménager

- Ou dans les champs de coton

- Dans les champs de coton? C'est quoi cette histoire ?

 

 

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03/03/2011

2100 ZONE AMA

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Amour

A la sortie des cours, Georges l'attendait comme d'habitude. Il alluma immédiatement le moteur et partit, sans demander à Jo où elle voulait aller. Jo arriva à la maison, Kim était déjà là. Devant la porte, le moteur éteint, Georges se tourna vers Jo.

- Miss Jo

- Oui Georges

- Je n'ai rien dit, je veux dire, je n'ai parlé que de Zac

- Merci Georges, mais je ne comprends pas

- Vous allez comprendre Miss Jo, je suis désolé

Jo sortit de la voiture, une certaine appréhension au ventre.

 

 

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02/03/2011

2100 ZONE AMA

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Amour

A l'heure de la pause, Jo releva un message de Kim : "Jo, ce soir, tu rentres à la maison immédiatement, je dois te parler, c'est grave". Jo essaya d'appeler saman, mais Kim ne répondit pas. La journée fut longue, longue, longue, Jo ne pensait qu'a Adam qu'elle ne pourrait donc pas voir ce soir, elle avait envie de lui parler, après la scène de la veille. Elle voulait lui dire et dire à Zac qu'elle trouvait injuste que les hommes soient astreints aux tâches subalternes. Mais que c'était la société, sa société, que les règles étaient ainsi et que ce ne pouvait pas être Jo qui allait changer le monde. Jo ne se concentrait pas. Jo n'écoutait pas. Jo ne mangeait pas. Jo ne dormait pas. A la pause de l'après-midi, Jo regardait par la fenêtre quand la deuxième sonnerie retentit. Dehors, elle était bloquée dehors ! Cela ne lui était jamais arrivé. Seule, debout devant la porte fermée, la porte immense et froide. Les autres dans la classe, et elle, isolée dehors. Elle se demandait où aller, ses pas la traînèrent à la boutique, mais rien que de voir les vêtements sur des mannequins l'épouvanta. Elle se dirigea vers la caf du toit, et s'assit au bord du bâtiment, il faisait très beau, un ciel immense s'étendait autour d'elle. Et Jo regardait le vide, et ce vide l'oppressait. Elle n'arrivait plus à respirer, elle se sentait enfermée, enfermée dans ce ciel bleu infini. Elle tombait, c'était le sentiment qu'elle ressentait, elle tombait, la tête la première dans le vide de sa tête. Adam. Jo se ressaisit quand l'image d'Adam se colla dans ses yeux. Adam, sa manière de marcher, de trainer un peu les pieds, comme s'il comptait ses pas. Sa manière de balancer les bras, son sourire, son sourire. Jo sentit son visage se détendre, le soleil chauffait sa poitrine, elle respira un grand coup, ouvrit les yeux. Sur son plateau, il y avait un cafélait et des fraises. Comment avait-elle pu prendre deux aliments aussi éloignés au goût? Elle contemplait les fraises, rouges et brillantes, qu'elle avait envie de tremper dans du sucre blanc et la tasse de café mousseux, chaud. Soit elle pouvait manger les fraises, soit boire le cafélait, mais les deux ensembles ne s'alliaient pas. Choisir entre boire et manger. Et elle pensa à Nam. Nam qui détestait choisir et qui, pour éviter de se tromper, avait décidé de ne pas décider. Décider de partir dans un lieu tellement austère qu'il n'y avait pas de choix à effectuer, faute de possibilités. Nam ne pourrait jamais choisir entre des fraises et du cafélait, car il n'y aurait ni fraises, ni cafélait là où elle allait. Une alimentation restreinte, sans originalité, identique chaque jour pour ne pas développer le défaut de gourmandise. Nam, toi si jolie, si fine. Pourquoi est-ce si difficile de prendre un chemin et de renoncer à l'autre? Jo plongea ses doigts dans les fraises, et trempa une grosse fraise rouge dans les cristaux de sucre. Elle suça le fruit, et reposa la corolle verte sur l'assiette. Elle se lécha les lèvres, et attaqua la suivante, le cafélait pouvait attendre, elle le boirait après. S'il fallait choisir, autant choisir les deux, entre boire et manger, elle prenait le "et". Le tout ne peut jamais être mauvais pensa-t-elle.

 

 

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01/03/2011

2100 ZONE AMA

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Amour

Mercredi matin. Jo avait encore passé la soirée avec Adam. Zac était là. Ils avaient parlé toute la soirée, et les propos de Zac lui martelaient la tête: « Mais qui crois-tu travaille dans les champs de coton? » Ils avaient parlé des hommes, et Jo pensait, comme certainement toutes les jeunes femmes de son uni, que les hommes étaient des chauffeurs, des ménagers, des jardiniers. Jo avait découvert que certains pouvaient être des fantômes, mais cela n'allait pas plus loin. Et Zac avait presque crié en lui disant "mais qui crois-tu travaille dans les champs de coton ?" Dans les abattoirs, dans les usines, dans les morgues, dans les stations d'épuration, dans les centrales nucléaires? Mais qui? Vous les femmes de votre condition vous dirigez, vous êtes dans de beaux bureaux, vous planifiez, vous organisez, vous gagnez de l'argent, proprement, dans vos immeubles confortables et sécurisés. Mais tous les sales boulots, tous les trucs dangereux, pénibles, fatigants, salissants, sont fait par les hommes ! Dans la solitude des champs de coton, il n'y a que des hommes ! Jo était sonnée, elle était partie gênée, même le long baiser d'Adam n'avait pas pu la calmer. Et elle avait à nouveau mal dormi. Si elle continuait ainsi, ses examens seraient une catastrophe.

 

 

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28/02/2011

2100 ZONE AMA

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Amour

- Tu fais quoi?

- Je travaille

- Tu travailles les maths?

- Je travaille les maths. Et je n'y arrive pas

- Je voulais te demander de l'aide

- Je voudrais bien, mais je crois que tu tombes mal, je n'y arrive pas, je te dis

- Alors je fais quoi ?

- Regarde avec une autre élève, Julia t'aidera certainement

- Ok, je vais l'appeler. Désolée de t'avoir dérangée

- Mais tu ne me déranges pas, c'est moi qui suis désolée parce que je ne peux pas t'aider

- C'est pas grave. Si Julia arrive à me faire comprendre, je te rappelle.

- Ok Nour, tu es un amour

- Bonne soirée, à demain

- A demain, bizz

Jo éteignit le dialogue. Les maths. Elle ne pouvait pas. Elle voyait les chiffres comme des fournis qui marchaient sur son écran, c'était épouvantable. Les chiffres marchaient !

« Est-ce que je deviens folle? » Jo regarda sa montre. Il était passé une heure du matin. « Non, je ne suis pas folle, je suis crevée. Allez au lit ». Elle demanda à son ordi de s'éteindre et passa à la salle de bains. Une fois couchée, elle posa sa main entre ses jambes, là où Adam l'avait aimée et elle s'endormit.

 

Mardi matin. Mardi matin pensait Jo. En route pour l'uni. « Encore quatre jours et ce sont les examens. Suis-je prête? A quoi ça sert? Tous ces obstacles à surmonter, toutes ces matières à enregistrer, tout ce blabla, à quoi ça sert? » En arrivant à l'uni, Nour l'attendait.

- J'ai eu Julia hier soir

- Super, et elle a pu t'aider?

- Oui, elle m'a tout expliqué. Si tu as un moment à midi, on peut travailler ensemble.

- Ok, c'est très sympa, merci

La deuxième sonnerie déclencha la fermeture de la porte.

 

 

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25/02/2011

2100 ZONE AMA

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Amour

- Oui, mais Zac aime les livres. Chaque livre, pour celui qui ne peut pas lire, est un être différent. Il y a le gros, l'épais, celui qui sent la colle, l'autre qui sent la farine. Celui dont les pages sont épaisses ou rugueuses. Celui qui a une couverture en carton, plus grande ou plus petite. Chaque livre a son histoire, en fait deux histoires, celle qu'il raconte et sa propre histoire d'objet. Zac allait dans les marchés et les bouquinistes, il revenait avec des trésors. Il me racontait la couverture, les lettres, les couleurs. Quand il revenait, il étalait ses livres sur la table et je les palpais, je les prenais dans les mains, il me les décrivait et je pouvais peu à peu donner un titre a chacun, un nom, un auteur, une histoire. Encore maintenant, j'aime passer mes mains sur la bibliothèque et retrouver les titres et les noms rien qu'à la couverture, au papier, à l'odeur.

Jo le regardait, étonnée

- Viens Jo, on va faire un test.

Adam se leva et se dirigea vers le mur en face, couvert d'étagères pleines d'ouvrages. Il tendit la main et sortit un livre au hasard. Il le caressa devant, le retourna, lui palpa le dos, l'amena auprès de son nez et inspira Profondément.

- C'est Platon, le banquet. Et il tendit le livre à Jo qui lit "Platon, le banquet"

- Bravo, je suis soufflée !

Le téléphone se remit à sonner. Jo décrocha

- Oui Georges, j'arrive, je sais. Et elle sauta dans ses vêtements. Adam était nu, debout devant Jo qui partait, son sac sur l'épaule. Elle l'embrassa sur la joue et s'enfuit.

 

 

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24/02/2011

2100 ZONE AMA

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Amour

Le téléphone de Jo sonna une fois puis s'éteint. Il se remit à sonner une deuxième fois, plusieurs sonneries, alors Jo le regarda. C'était Georges. Jo ne répondit pas, mais quand elle vit l'heure, elle sauta du lit d'Adam

- Je dois rentrer, c'est tard

- Taman sait que tu es là?

- Non, bien sûr. Et si Georges parle, il dira que je suis allée voir mon Oncle Zac. Enfin, j'espère

- Tu peux compter sur lui, Zac lui a parlé et Georges est un homme intelligent, il sait les risques que nous courrons tous, lui compris

- Cela doit être horrible de toujours vivre dans la peur

- La peur est dehors, ici, il n'y a pas de peur. Il y a Zac

- Et s'il ne revenait pas?

- Zac revient toujours, c'est Zac. Pour le reste, je ne me pose pas de questions. Tu sais, si je commence a réfléchir sur pourquoi je suis ici, qui est ma mère, pourquoi je suis aveugle, quelle serait ma vie autrement et ailleurs, je ne dors plus, je ne vis plus. J'ai eu une période quand j'avais 15 ans où je voulais tout savoir, tout comprendre. Cette période a été très dure pour Zac. Je lui ai dit des choses horribles, qu'il m'avait « volé ». Je me souviens, et je ne pourrai jamais trouver une excuse à mes propos. Ce fut très dur. Je voulais sortir, vivre je disais. Et Zac m'a parlé, il ne m'a pas jugé, il ne m'a pas laissé. Il m'a enfermé ici. J'étais son prisonnier

- C'est affreux

- Non, c'était le seul moyen de me garder en vie. Si je sortais, je risquais d'être récupéré par les autres. Et un homme aveugle, sans identité, sans implant, serait devenu cobaye dans une industrie pharma. Mais à 15 ans je ne le comprenais pas. Je mettais ma vie en péril, et celle de Zac aussi. Alors il a fermé la porte. Et il m'a apporté des livres

- Mais tu ne peux pas lire

- Non, mais il les lisait pour moi à voix haute. Chaque fois que j'avais une question sur un thème, comme les saisons, l'électricité, les arbres, il revenait avec des livres et on lisait ensemble.

- Des livres, mais il y a les ordinateurs avec tout dedans !

 

 

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