17/01/2011

Le malade de Molière

Miguel Fernandez nous raconte, en mise en bouche, qu'un citoyen britannique lui aurait dit que c'est parce que les anglais avaient été méchants avec Dieu que Molière serait né français...

Le malade imaginaire, joué au Théâtre en Cavale, est à mourir de rire. Jacques Maeder, Argan en pyjama, offre de magistrales mimiques nous rappelant un certain Louis et Maria Mettral, en Toinette, armée de lunettes lunaires, clame haut et fort que tout est bien une question de poumon... Si Molière avait été de notre siècle, au lieu de se moquer des médecins des corps ou des âmes, il aurait certainement pris pour cible les économistes, qui, doctement nous expliquent dans leur langage académique les vertus de certains clistères, dont l'issue est hasardeuse. "Mais oui, mon cher confrère, après la baisse, je prédis une hausse, croyez-moi, je prescris un clistère le matin et un autre le soir, traitement à suivre jusqu'à ma prochaine intervention !". Les médecins de l'économie d'aujourd'hui donnent des noms savants, proposent des remèdes, mais n'ont aucune obligation de guérison. Merci Molière pour cette bonne leçon !

 

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21/12/2010

Théâtre en... Panne

La Panne, de Friedrich Dürrenmatt, au théâtre de Carouge, date un peu, c'est vrai. L'adultère n'est plus un crime, et à l'heure du fastporno, plus personne ne se pendrait pour une bête histoire de patron trompé... Et pourtant, là où Jean-Yves Ruf a réussi à nous surprendre c'est dans la distribution des acteurs. Des hommes d'âge mur, aux tempes blanches, ventres rebondis et sourires grimaçants. Y a-t-il un âge pour jouer ? Les acteurs jouent parfois l'autre sexe, voire se griment pour paraître plus vieux... mais être vieux et jouer un vieux, voilà une forte démonstration qu'on ne l'est pas. La prouesse remarquable de cette Panne est de nous prouver que jouer la comédie est une activité sérieuse et que les acteurs sont toujours vivants dans leur rôle et dans leur être, pour notre plaisir de spectateur.

On savait que les textes traversaient les siècles, les thèmes vieillissent, mais les acteurs restent, et c'est d'eux dont nous nous souviendrons. La Manufacture produit toujours des joyaux, vous  prendrez bien encore un dernier verre !

09:22 Publié dans Théâtre | Tags : théâtre, genre, plaisir | Lien permanent | Commentaires (2)

15/12/2010

Les Fourberies de Scapin

Les Fourberies de Scapin au théâtre de Carouge nous ont conquis. Et pourquoi ? Et pourquoi le fameux "mais qu'allait-il donc faire dans cette galère" nous a semblé si neuf ? C'est que cet affreux Géronte, sous la mise en scène d'Omar Porras, est devenu: "Madame Géronte" ! Quelle audace ! Jean-Baptiste doit en rire de sa tombe, lui qui aimait provoquer tout en restant élégant, lui qui aimait souligner les paradoxes de son temps, sans fâcher son public, lui qui aimait les femmes et les a si bien décrites...

Merci Omar Porras d'avoir transformé ce père en mère. Merci d'avoir rendu au genre un équilibre qui manquait, et dont l'ingérence ne choque jamais. Quand on demande: "Avez-vous vu les Fourberies de Scapin ?" et qu'à la réponse affirmative, on ajoute "et cela vous a plu ?", on entend des rires, c'est une farce ! "Une banque suisse se fait cambrioler, mais les voleurs sont repartis les mains vides", voilà ce que disait Monsieur Argante, joué par une actrice pastichée au talent formidable. Une femme joue un vieil homme, un père est changé en mère et Scapin, magistral, nous a joué un Renart rusé, admirable et aimable.

Allez, courez assister à cette pièce trucculente, même un strapontin, que dis-je une marche vaudrait la peine de tant de plaisir...

 

 

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